Il y a dans Dofus quelque chose que beaucoup de MMORPG modernes ont abandonné en route. Une économie qui compte vraiment. Pas une monnaie décorative que l’on accumule sans y penser, mais un système où chaque achat pèse sur la progression du personnage.
Dofus Touch, la version mobile sortie en 2016, a hérité de cette logique sans l’adoucir.
Pour qui vient du jeu de rôle sur table, le parallèle est frappant. La gestion des ressources y occupe la même place que dans une campagne bien menée. La bourse du groupe influence les choix autant que les jets de dés.
Les kamas ne servent pas à acheter du confort
Dans la plupart des jeux en ligne actuels, la monnaie finance l’accessoire. Chez Ankama, elle finance l’essentiel.
Les kamas paient les équipements de l’hôtel de vente et les runes de forgemagie. Ils paient aussi les parchemins de caractéristiques, les montures, les frais de métier et les consommables de donjon.
Cette concentration crée une tension permanente. Deux joueurs de même niveau, avec le même temps de jeu, peuvent se retrouver dans des situations très différentes. L’un a un équipement surforgé et une monture correcte. L’autre a dépensé ses kamas en tentatives de forgemagie ratées.
Des plateformes comme Eldorado proposent d’ailleurs des échanges liés à l’univers Dofus depuis des années. Cela dit assez bien l’importance que la communauté accorde à cette monnaie.
L’hôtel de vente, véritable cœur du jeu
Un joueur expérimenté passe souvent plus de temps à l’hôtel de vente qu’en donjon. Ce n’est pas une anomalie. C’est la conséquence logique du système.
Les prix bougent à chaque mise à jour. Les nouvelles panoplies font grimper certaines ressources du jour au lendemain. Un métier bien choisi rapporte davantage qu’une longue session de farm classique.
Les joueurs qui réussissent économiquement partagent quelques habitudes :
- ils surveillent les prix sur plusieurs jours avant de vendre une ressource rare ;
- ils gardent une réserve de kamas qu’ils refusent de toucher, pour ne jamais rester bloqués ;
- ils misent sur deux métiers complémentaires plutôt que sur cinq métiers médiocres ;
- ils vendent les ressources brutes pendant les événements, quand la demande explose.
La forgemagie, ce gouffre que tout le monde sous-estime
S’il faut désigner un poste de dépense qui ruine les débutants, c’est celui-là. La forgemagie fonctionne par tentatives, et chaque tentative peut échouer.
Un objet travaillé pendant une heure peut perdre ses statistiques en une seule manipulation. Les joueurs aguerris budgétisent cet échec à l’avance. Ils ne lancent une série de runes qu’avec une réserve suffisante pour recommencer deux fois.
Les débutants font l’inverse. Ils engagent tout ce qu’ils possèdent sur un objet unique, puis se retrouvent sans rien. C’est la principale raison des abandons autour du niveau cent.
Pourquoi certains cherchent des kamas en dehors du jeu
Le farm de kamas obéit à un plafond assez net. Les donjons rentables demandent un groupe. Les métiers demandent du temps réel. Les quêtes rémunératrices ne se répètent pas.
Un joueur qui dispose de deux heures par semaine ne rattrapera jamais celui qui en a vingt. Sa maîtrise du jeu n’y change rien.
C’est pour cette raison qu’une partie de la communauté se tourne vers des sites spécialisés pour obtenir des kamas dofus touch pas cher. La pratique existe depuis les débuts du jeu et elle n’a jamais vraiment disparu.
Il faut toutefois rester lucide. Les conditions d’utilisation d’Ankama interdisent clairement ce type de transaction. Les sanctions tombent régulièrement. L’injection de monnaie extérieure alimente aussi l’inflation que les joueurs dénoncent ensuite sur les forums.
Ce que Dofus Touch dit du game design
Ankama aurait pu simplifier son économie pour l’adapter au mobile. Le studio a fait l’inverse. Il a conservé un système qui demande de la patience et de l’anticipation.
Le pari était risqué sur un support où la plupart des jeux cherchent la gratification immédiate. Dix ans plus tard, le jeu tourne toujours et sa communauté reste active.
La raison est assez simple. Une économie exigeante donne du sens aux objets. Quand une panoplie représente trois semaines d’efforts, la porter signifie quelque chose. Quand elle tombe d’un coffre après vingt minutes, elle ne vaut rien d’autre que ses statistiques.
Beaucoup de MMORPG récents auraient intérêt à relire cette leçon. Dofus Touch n’est pas un jeu facile à aimer au début. Il récompense pourtant ceux qui acceptent de jouer avec sa monnaie plutôt que contre elle.