Les gobelins de la fantasy : des origines à la représentation dans les JDR

17 septembre 2026 ·
8–12 minutes
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Par John Misa R.

Les gobelins de la fantasy : des origines à la représentation dans les JDR

Aucun doute que les gobelins aient conquis les cœurs des fans de fantasy. Petits êtres verts hideux, ils n’en sont pas moins devenus attachants et leur simplicité cache un histoire longue et riche ancrée dans des siècles de récits.

Des légendes à la littérature de fantasy, et surtout dans les jeux vidéo ou jeux de rôle, une petite créature fait souvent office de première victime des héros. Il s’agit du gobelin, éternel serviteur des grands méchants. Déjà présent dans le folklore européen depuis le Moyen Âge, sa perception et sa représentation ont évolué avec les époques et persistent dans la culture populaire.

Quelle est l’origine mythologique des gobelins ?

En effet, à l’instar des autres créatures fantastiques que nous avons déjà évoquées dans d’autres articles, les gobelins n’ont pas fait une apparition spontanée avec les codes que nous connaissons dans la fantasy. Ainsi, pour retrouver leurs racines il faut plonger dans les légendes des campagnes européennes du Moyen Âge. Ils sont partout.

C’est au XIIe siècle qu’apparaît le terme. Il désignait alors initialement un démon hantant les environs d’Évreux sous la forme du latin médiéval gobelinus, vers 1141, puis dans l’Estoire de la guerre sainte d’Ambroise, vers 1195. Du latin chrétien hypothétique gobalus pour “ génie domestique“, lui-même issu du grec kobalos, la racine s’est croisée avec le terme germanique Kobold. 

On retrouve ensuite au cours des siècles ultérieurs et du Moyen Âge de nombreuses variantes régionales. C’est le cas du goublin en Normandie. Mais tous servent à désigner des petits êtres qui occupent les grottes, les forêts et parfois les lieux d’habitation.

En effet, les chercheurs ont ainsi noté que les gobelins des mythes, à la différence de ceux de la fantasy, se confondent avec les kobolds, les lutins ou les fées. D’ailleurs, comme ceux-ci, ils n’ont pas toujours d’intentions malveillantes. Ils se contentent donc souvent de jouer des tours malicieux aux humains.

Du folklore à la littérature fantastique, la fixation d’un archétype

Avant que J.R.R. Tolkien ne fixe leur image au cours du XXe siècle, le passage du folklore à la littérature fantastique s’est fait progressivement au XIXe siècle. C’est notamment le cas dans la culture anglo-saxonne et française. 

Ainsi, dans les contes victoriens et la littérature enfantine, comme The Princess and the Goblin de George MacDonald en 1872, le terme goblin commence à rassembler sous un même nom une grande variété d’esprits domestiques, de lutins et de petits démons autrefois distincts selon les régions. 

C’est également à cette époque, portée par la littérature de jeunesse et les ouvrages illustrés, que le gobelin glisse d’un esprit farceur et insaisissable vers une créature physiquement définie. Il devient généralement un être trapu, grimaçant, vivant sous terre ou dans des ruines. 

Ce processus de synthèse littéraire a progressivement transformé la figure ambivalente du folklore en un archétype monstrueux bien identifié. Et cette mutation prépare la représentation et le rôle d’adversaire des gobelins dans la fantasy moderne.

Quel est le rôle des gobelins dans la fantasy classique ?

Tolkien va réinventer les gobelins au XXe siècle dans ses récits. Dans Bilbo le Hobbit, ils constituent la désignation principale des orcs habitant les monts Brumeux. Dans Le Seigneur des Anneaux, l’écrivain britannique privilégie ensuite le terme d’ « orc », même si les deux mots restent fondamentalement synonymes dans sa mythologie. La caractérisation moderne des gobelins dans la fantasy va tenir à la fois compte de ce lien tissé par Tolkien et s’inspirer des récits folkloriques.

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Les gobelins se limitent souvent à une place de sbires dans la fantasy. Plus petits et donc moins forts que les orcs et les trolls, ils compensent par le nombre et la ruse. Ils font ainsi souvent office de première menace pour le baptême de feu des joueurs. J’ai moi-même des souvenirs de nombreuses heures au début de Sacred à massacrer des armées de gobelins dans les premières heures de jeu. Mais plus récemment, on a Baldur’s Gate 3 où ils se croisent tout au long de l’Acte 1, juste après le tutoriel.

L’évolution des représentations des gobelins dans la fantasy

Le gobelin comme un serviteur comique des BBEG

Paradoxalement, cette position de sous-fifre va permettre aux gobelins de se trouver une niche dans le cœur des fans de la fantasy grâce à la comédie. Plus que d’être cruels, certains gobelins se présentent surtout comme ridicules. Plus bêtes que méchants, vénaux, un peu peureux, voire maladroits, ils sont les victimes du courroux de leurs supérieurs et de la force de leurs confrères à peau verte qui ne les considèrent pas mieux que de la chair à canon ou à pâté.

C’est le cas dans Naheulbeuk. Ils s’y retrouvent en grand nombre dans le récit, mais on retient surtout le demi-gobelin, Reivax. Il sert Zangdar depuis une décennie lorsque les Fiers de Haches entrent dans le donjon éponyme et on a aussi l’occasion de suivre ses débuts en tant que protagoniste dans le jeu Le Maître du Donjon de Naheulbeuk.

gobelins fantasy

Pourquoi les gobelins sont-ils associés à l’or et au trésor ?

Ce dernier et le reste de cet univers parodique français, comme Tolkien, établissent une opposition entre les gobelins et les nains. Les premiers sont lâches tandis que les derniers sont braves. Mais ils ont aussi en commun leur affiliation aux grottes et à la terre, mais aussi aux mines et donc à l’or et aux pierres précieuses. Dans l’univers magique d’Harry Potter, ce sont donc des gobelins qui tiennent la banque Gringotts…

Mais tout comme les nains, ils sont au cœur d’une accusation plus grave. En effet, la combinaison de leur attitude et de leur apparence fait que, malheureusement, on tend à trouver un parallèle entre les gobelins de la fantasy et les caricatures antisémites. L’œuvre de Rowling en est justement la principale cible.

Comment s’organisent les sociétés de gobelins ?

Dans les récits modernes, on met aussi en avant une autre facette des gobelins, leur capacité à s’organiser. Ainsi, les jeux de rôle font souvent mention de leaders temporels (« chefs ») et spirituels (« chamans ») ou encore de variantes plus intelligentes et plus puissantes de goblinoides comme le hobgobelin présent dans les Final Fantasy. Ceci permet d’en faire de réelles menaces.

The Elder Scrolls : Oblivion, ou encore le manga Goblin Slayer présentent ainsi des gobelins violents et vicieux, mais malgré tout aptes à apprendre et établir des stratégies. En JDR, ceci se traduit par le fait de donner à leurs chefs des capacités à renforcer leurs serviteurs. Ces derniers quant à eux tendent à favoriser la fuite lorsqu’ils se retrouvent en mauvaise posture pour revenir avec des renforts. MCDM a pas mal de conseils pour cela dans leurs ouvrages dédiés aux monstres et Warhammer en a fait leur force.

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Le changement fondamental dans la représentation moderne du gobelin réside dans sa transition d’un simple obstacle individuel vers une véritable société structurée. Les univers modernes et ludiques ne les présentent plus uniquement comme des monstres isolés, mais comme des communautés organisées en clans et en tribus, des structures communautaires jugées “primitives”. 

Ces sociétés possèdent une hiérarchie interne stricte, généralement dominée par la force brute ou la magie chamanique. Ces groupes ont une répartition claire des rôles comme des éclaireurs, des guerriers de première ligne, des bêtes de somme et des chefs de guerre.

Leur économie repose principalement sur le pillage, la récupération pragmatique de ressources et le recyclage. Exploitant parfaitement leur environnement, les gobelins de la fantasy transforment grottes et ruines en réseaux fortifiés truffés de pièges et de passages étroits adaptés à leur petite taille. 

Cette dimension collective transforme la rencontre avec les gobelins dans les jeux et récits.  Le challenge qu’ils posent ne repose donc plus dans le fait de vaincre une menace isolée, mais dans le fait de faire face à un écosystème dynamique. Ici, la tactique, le nombre et la connaissance du terrain priment sur la puissance individuelle.

Quand le gobelin devient un personnage à part entière

En sortant du simple rôle de chair à canon, la fantasy contemporaine a permis au gobelin d’acquérir une véritable agence narrative. L’évolution du traitement du gobelin dessine une trajectoire riche.

De l’ennemi générique conçu pour être vaincu sans remords, au faire-valoir comique utilisé pour désamorcer la tension, jusqu’à l’adversaire stratège capable de rivaliser d’ingéniosité avec les héros. Plus récemment, les récits ont introduit le gobelin comme un allié ambigu, voire un protagoniste dont l’identité ne se réduit plus aux stéréotypes de sa race.

Ce changement de perspective bouscule les codes traditionnels. Le gobelin cesse donc d’être une simple cible d’entraînement pour les tutoriels des aventuriers pour devenir un sujet doté de motivations propres, d’intérêts politiques et de dilemmes moraux. Cette humanisation progressive prépare le terrain pour son intégration complète dans les jeux de rôle en tant que personnage jouable.

Comment les gobelins sont-ils représentés dans Donjons & Dragons ?

Finalement, il est aussi intéressant de souligner que les gobelins ont aussi leur place dans l’humanisation progressive des créatures considérées comme viles dans la fantasy. Donjons & Dragons les intègre progressivement comme race jouable depuis l’extension The Complete Book of Humanoids, sorti en 1993 pour AD&D 2e édition. Aujourd’hui, ils répondent encore présents dans la 5e édition. 

Les joueurs apprécient les avantages de leur petite taille. En effet, en plus de leur permettre d’être portés ou jetés aisément par leurs alliés, une de leurs capacités leur permet d’infliger plus de dégâts à un ennemi plus grand qu’eux.

Les derniers gobelins à m’avoir marqué restent ceux de l’anime Grimgar : Le Monde de Cendre et de Fantaisie. Présents dès le premier épisode, ils ne valaient alors pas mieux que ceux de Goblin Slayer. Pillards et violents, ils ne montrent plus de nuances que quelques épisodes plus tard où on commence à les présenter comme un « autre ».

Le gobelin est ainsi juste une espèce qui cherche à vivre sur son territoire. De son point de vue, il est la victime des assauts des aventuriers humains. Le peu de succès de l’anime n’a cependant pas permis d’explorer cette société comme le font les light novels, mais je vous encourage à tester l’idée dans vos scénarios.

FAQ

Qui sont les gobelins ?

Les gobelins sont de petites créatures légendaires issues du folklore médiéval européen (attestées depuis le XIIe siècle avec le terme latin gobelinus), devenues incontournables dans la fantasy moderne. Souvent dépeints avec une peau verte, de grandes oreilles et une nature rusée ou malicieuse, ils occupent divers rôles allant du simple sbire au personnage jouable.

Où vivent les gobelins ?

Dans le folklore médiéval comme dans la fantasy, les gobelins habitent généralement dans des grottes, des montagnes, des forêts sombres ou des réseaux souterrains. Dans certains univers modernes ou de JDR, ils vivent également au sein de cités élaborées ou de campements organisés.

Les gobelins sont-ils toujours méchants ?

Non, les représentations modernes ont fortement nuancé le rôle des gobelins. Si la fantasy classique les présente comme des antagonistes ou de la chair à canon, des univers plus récents et des jeux de rôle comme Donjons & Dragons les mettent en scène en tant que créatures neutres, comiques, voire jouables avec des motivations complexes.

Quelle est l’étymologie du mot gobelin ?

Le terme « gobelin » apparaît au XIIe siècle, issu du latin médiéval gobelinus (vers 1141) désignant un démon près d’Évreux. Il dériverait du latin chrétien *gobalus (« génie domestique »), emprunté au grec kobalos (« lutin »), avec une influence du germanique Kobold.

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