Vileborn propose une plongée dans un univers encore rare dans le monde des RPG : le nobledark. Dans la peau de héros torturés et hantés par leurs démons, les joueurs doivent défendre le monde contre les ténèbres qui s’approchent.
Dans l’exploration des expériences possibles à transmettre à travers les jeux de rôle, les créateurs s’attaquent à différents genres narratifs. Ainsi, on se retrouve devant des jeux qui simulent les codes d’un genre, plutôt que de tenter de simuler la vie de leur avatar.
Le viledark, l’esprit de Vileborn
Cette fois, on a Vileborn, un RPG créé par les auteurs de Not The End. Un jeu narratif et sans dés qui avait eu de multiples nominations aux ENNIES, il aurait peut-être pu repartir avec de nombreuses récompenses sans le raz de marée Shadowdark. Ceci suppose néanmoins que ce nouveau titre est l’œuvre de créateurs expérimentés et talentueux.
Pour comprendre Vileborn, il faut déjà s’intéresser à son accroche : il se réclame un jeu nobledark. Ce dernier est à la fois un genre et un cliché qui utilise son cadre sombre, grimdark, pour véhiculer un message d’espoir à travers la petite lueur que représente le protagoniste. Il s’agit des jeunes héros que sont les PJ.
Egras, le cadre du RPG Vileborn
Le monde du RPG Vileborn s’appelle Egras, un empire qui a subi un grand malheur cinq ans auparavant. En effet, depuis cet événement, les Ténèbres recouvrent totalement le ciel et en plus des conséquences écologiques comme la faim et le froid, elles ont conduit à l’apparition des Reviled. Ces créatures de la nuit (loup-garou, vampires…) menacent une humanité déjà affaiblie.
Face à ce danger, l’Impératrice d’Egras veut de nouvelles armes : les Vileborn. Mi-humains, mi-Reviled, ils étaient jusqu’alors persécutés par les Institutions en place. À présent, l’Empire les recrute dans l’Ordre du Crépuscule, un groupe dédié à la protection d’Egras.
Ainsi, les PJ figurent parmi les premiers Vileborn à rejoindre cet Ordre et cet RPG suit leur histoire. La métaphore est très clairement celle du coming of age, du jeune adulte qui cherche sa place dans ce monde. En quelque sorte, on y retrouve un peu de la philosophie des jeux comme Monsterheart. Cette ressemblance se trouve dans la structure et aussi les mécaniques.
Les PJ : le cœur de la narration…
Un personnage de Vileborn commence avec deux caractéristiques, le background et le dark heritage. Si le premier comprend son histoire et explique sa psychologie et ses connaissances, le second désigne la créature dont il a une partie des compétences et ses envies les plus sombres. 4 figurent présents dans le kickstarter pour un total de 7 prévus dans le produit final.
Tous ces éléments entrent en jeu dans la fiche personnage du RPG Vileborn. Elle comprend 6 approches, à chacune une taille de dé (d6 à d10) est assignée, le perso a aussi ses traits de personnalité et ses entraînements venus de son background. Ce dernier lui offre aussi certaines compétences et ressources utilisables en cours de partie.
En bas de la fiche, le joueur trouve le Dark Heritage de son PJ. Il comprend ses dons et ses pouvoirs avec leurs contrecoups. Le nombre d’utilisations de ceux-ci reste limité. Ainsi, ils nécessitent que le Vileborn obéisse à ses désirs afin de pouvoir en retrouver l’usage. Il y a donc un jeu d’équilibriste à faire du côté du joueur et qui conduit aussi à de la tension à chaque fois que les Vileborn font appel à leurs dons.
Et des mécaniques du RPG Vileborn
Le système de Vileborn est en quelque sorte un cousin éloigné de Fate Core, quoiqu’il me rappelle surtout Freeform, celui du RPG Tomorrow City. Un système avec un dice pool généré par les caractéristiques du PJ qui entrent en jeu dans la narration. Seuls les joueurs font des jets.
La mécanique est très simple. En effet, lorsqu’un jet est nécessaire, le meneur (l’Obscurité) détermine le niveau de difficulté (de 4 à 7). Puis le joueur va choisir une approche pour savoir quel dé jeter. Si possible, il applique un trait de personnalité ou un entraînement approprié qui rajoute respectivement un dé. Ainsi, il jettera entre 1 et 3 dés et garde le résultat le plus élevé. Si ce nombre dépasse le niveau de difficulté, c’est un succès.
Des modificateurs peuvent influencer ce test, mais un en particulier est unique à Vileborn. Il s’agit du Dark Heritage. Lorsque les conditions sont remplies (comme lorsque le PJ a utilisé ses pouvoirs), le MJ jette en plus un d12 qui peut générer une complication. Ce jet est indépendant du résultat du joueur.
Un jeu de niche ?
Comme pour beaucoup de RPG du même genre donc, Vileborn nécessite tout de même une certaine expérience de la part du meneur. Et pour cause, il devra savoir jongler avec des résultats qui peuvent présenter des nuances. Entre la réussite, l’échec et les complications, le jeu fait appel à son aptitude à improviser tout en restant cohérent.
La structure en trois actes de la partie, inspirée du roman, le démarque aussi de l’expérience « traditionnelle » des JDR. Si on a l’habitude de jeux à horloge ou bien de titres comme Dracurouge ou Shinobigami, ce n’est pas nouveau. Sinon, elle nécessite un temps d’adaptation pour comprendre pourquoi il fonctionne ainsi et comment en tirer profit.
Heureusement, dès le lancement de son Kickstarter, l’éditeur a mis un quickstart complet à la disposition des rôlistes. Il fait 93 pages et explique la philosophie de Vileborn et le fonctionnement des mécaniques de ce RPG nobledark.
Cet extrait comprend d’ailleurs une aventure complète, Lux Umbrae, de 65 pages. Il s’agit d’un scénario introduction de quelques chapitres qui suit une poignée de Vileborn dans leur recrutement auprès de l’Ordre, puis leur entraînement et jusqu’à leur première mission. Au total, ceci représente 7 chapitres.
Lux Umbrae se joue avec 4 personnages prétirés. Ils présentent différents exemples de Vileborn avec leurs dark urges respectives. À travers le scénario, les créateurs donnent aussi des exemples de différentes situations qui peuvent arriver en jeu. Cependant, ils gardent tout de même quelques secrets pour l’ouvrage final, comme le système de progression, par exemple.
Une sortie réussie et l’arrivée en France
Le RPG Vileborn est sorti en novembre 2025 dans ses versions anglaise et italienne suite à la réussite de son financement sur Kickstarter. Son succès a été suffisant pour séduire des éditeurs français pour le traduire à destination d’un public fancophone. Don’t Panic Games propose donc une campagne sur Game On Tabletop pour la traduction VF.
Débutée le 09 mars 2026 et ouverte jusqu’au 31 du même mois, elle propose une version traduite du kit d’initiation gratuit pour découvrir le jeu. En fonction du succès de la campagne, il permettra de produire non seulement une VF du livret de base, mais aussi des scénarios bonus inédits au format PDF. Le palier initial a déjà été atteint en moins de 24h

