Young Gods, le futur bébé de Hammer City Games, plonge dans le côté sexy des mythes et légendes. Sous son système narrativiste, le Folklore System, héritier du Storyteller du WoD, il offre une expérience divine complexe.
Dans un paysage de JDR parfois aseptisé pour les besoins d’atteindre un public large, il est rare de trouver des titres audacieux, sans aller dans le trash. Brenden Carlson et son studio canadien Hammer City Games, promet une expérience JDR comme aucune autre, loin des sentiers battus avec Young Gods. Un jeu qui invite à embrasser la divinité, ses miracles, ses vices et que l’ai pû découvrir dans sa version 0.6.
Comment Young Gods ose briser les codes ?
Young Gods est un jeu de rôle en développement chez Hammer City Games où les rôlistes jouent des dieux réincarnés dans un monde moderne. Derrière son apparence audacieuse, sexy, parfois même “edgy” selon Brenden, se cache un jeu d’horreur avec un message politique lourd sur notre monde moderne.
Bien qu’il soit actuellement un titre indépendant, ce ne devait pas être le cas au départ. L’histoire du jeu est, en effet, celle d’un heureux contretemps, son créateur raconte que la Genèse du projet remonte à 2022.
Une liberté créative inattendue à la Genèse de Young Gods
Young Gods devait d’abord s’appeler “Divinity, the Usurped”, un schéma que les fans de JDR reconnaissent, puisque c’est celle des jeux du Monde des Ténèbres. Il devait introduire une nouvelle branche à sa branche classique, Chronicle of Darkness.
Hammer City Games a alors proposé le titre à Paradox Interactive qui a répondu négativement, qu’apparemment, ils ne produisaient plus cette gamme. Mais, selon Brenden Carlson, ce refus devient une bénédiction. “Ce rejet nous a donné carte blanche pour expérimenter à fond.” confie-t-il, soulignant la chance de “créer un système inédit” de jeu de rôle favorisant une totale liberté créative qui leur sied mieux.
L’ADN de Hammer City Games, satire politique et influences mythologiques
Son fondateur décrit en effet le studio canadien Hammer City Games comme “étrange, farfelue, extrême et amusante”. Des qualifications parfaitement incarnées par le jeu de rôle que Brenden voit comme le reflet de leur identité. HyperMall : Unlimited Violence, un jeu où l’on assassine les riches et les puissants.
Young Gods constitue sa “sœur idéologique”, une satire politique audacieuse. Si elle a puisé son inspiration dans le concept d’American Gods, elle s’en dissocie suite aux récentes controverses autour de son auteur.
L’influence la plus marquante du jeu provient de la mythologie, surtout de sa nature sexuelle. Le jeu n’hésite pas d’ailleurs pas à flirter avec le tabou en collaborant avec des artistes de “Rule 34”, ce qui n’aurait pas été possible avec les grands éditeurs.
Ce choix donne vie à un univers où l’horreur existentielle est souvent masquée par des effluves de sexe, de drogue, de rock and roll, d’avidité et de capitalisme. Malgré son côté exagéré et edgy, Young Gods garde quelque chose de très vrai, de réel dans sa représentation du monde. C’est, pour Brenden, “une juxtaposition de « sexy et effrayant »” qui définit l’ambiance unique de cet univers.
Le narrativisme complexe du Folklore System
Héritage du Storyteller et spécificités du Folklore System
Young Gods est un jeu de rôle qui se revendique clairement comme narrativiste. Un point qu’il dit clairement dans sa présentation. Cependant, son système ne s’appuie pas sur les moteurs épurés à la PbtA ou Forged in the Dark qui ont gagné en popularité ces dernières années. Je pense notamment à Monsterhearts ou City of Mist qui puisent aussi dans les mythes et légendes.
Hammer City Games a fait le choix de se baser sur un autre genre de système narrativiste, celui de sa version du Storyteller System : le Folklore System.
Young Gods tourne donc sous un système de jeu complexe et détaillé, résolument “crunchy” sur de nombreux aspects. Cette approche ne constitue pas un frein, il est délibéré.
“On a délibérément misé sur la richesse des règles. L’idée, c’est d’ouvrir le champ des possibles pour les joueurs et de garantir qu’ils aient toujours des trucs à explorer sur le long terme.“ explique Brenden Carlson. Le Folklore System offre aux joueurs et maîtres de jeu une compréhension plus fine des possibilités offertes par l’univers et par le système.
Ce moteur demeure son héritage du projet original qui devait faire partie du World of Darkness. Brenden insiste toutefois que bien que Young Gods propose une boîte à outils robuste, il ne pousse pas la granularité dans les extrêmes de GURPS. Il s’agit d’un équilibre entre beaucoup de liberté et beaucoup de mécaniques.
Une complexité délibérée pour joueurs expérimentés
Cette complexité se retrouve aussi dans la formulation de l’ouvrage en général. Un choix de ses créateurs qui voulaient un titre “ taillé pour les rôlistes expérimentés, le genre qui n’ont pas peur de plonger dans un système complexe”. Brenden précise ainsi pourquoi Young Gods “n’est pas conçu pour réexpliquer ce qu’est un jeu de rôle”.
Rien n’empêchera un novice de plonger dans le manuel de Young Gods. Ceci demanderait juste beaucoup d’applications, ce que requiert déjà le jeu en général. Brenden et son équipe visent des gens prêts à s’investir suffisamment dans les règles pour profiter de tout ce que le jeu a à offrir en termes de progressions. Avec la progression, ce n’est pas le niveau qui augmente, mais la Divinité des personnages et l’échelle des enjeux.
Les premières sessions tournent clairement autour de PJ et d’antagonistes street-level. De petites menaces à l’échelle local, comme le quartier ou la ville. Dans les derniers retranchements du jeu, on peut grimper jusqu’à des enjeux épiques impliquant la réalité elle-même.
On entre alors dans un “jeu de domaine” impliquant des batailles à grande échelle, divine et conceptuelle. La défaite d’un Dieu peut ébranler les fondations de la société humaine telle qu’on la connaît aujourd’hui.
L’expérience de jeu, incarnation divine, création et miracles
Dans Young Gods, les joueurs incarnent de jeunes divinités réincarnées dans notre monde moderne où de nouveaux dieux dominent. La foi et l’adoration, essentielles aux divinités, est à présent une denrée rare. Ce premier livret de base se concentre sur ces jeunes dieux ambitieux tandis qu’ils cherchent à réclamer leur place.
La création de personnage, comment façonner son Young Gods
La création de personnage de Young Gods constitue l’expérience la plus satisfaisante que j’ai eu lors du test sur la V0.6 de ce jeu de rôle. Elle était la priorité des créateurs, après le système. “Alors, la priorité absolue des absolues, c’était de caler le système de jeu. Le deuxième point incontournable, c’était la création de personnage. Et une fois ces bases jetées, tout le reste s’est mis en place un peu tout seul.”
L’objectif : éviter les allers-retours fastidieux dans le livre de règles en faisant suivre une logique au processus. L’objectif est quasiment atteint. En dehors d’un petit retour en arrière vers la fin, dont les créateurs ont connaissance, la création du Young God se fait d’une traite et produit un PJ cohérent. On se retrouve à la fin avec un personnage bien défini, bien que ça prenne un peu de temps.
Le système de création reflète aussi le fait qu’un dieu puisse avoir différentes facettes. Il permet ainsi de créer plusieurs versions d’une même divinité, par exemple pour que plusieurs joueurs puissent l’incarner, en fonction de comment un rôliste peut l’interpréter.
Dans l’exemple que j’ai testé sur la version 0.6 du jeu, il est tout aussi possible de faire un Young God basé sur la représentation physique de Cthulhu que sur son rôle dans le Panthéon des Grands Anciens. Ses pouvoirs en deviendraient alors très différents.
Les Miracles divins, leur puissance, leurs risques et les archétypes divines
Les Young Gods demeurent des Divinités avec le pouvoir de jouer avec la réalité suivant le titre du chapitre dédié au système de magie. Ici, on parle plutôt de Miracles divins. C’est pour moi la deuxième pierre angulaire de Young Gods.
Développé par le partenaire de Brenden dans la conception du jeu, Tristan, il repose sur une recherche théologique approfondie: “Il s’est carrément emballé pour tout l’aspect mythologique et un jour, il a eu un déclic : « Ça y est, j’ai trouvé ! On va calquer les pouvoirs des dieux sur les mythes que les récits humains ont tissés autour d’eux.“.
Plutôt que le système élémentaire plus classique qu’ils ont exploré au début, lui et Brenden ont exploré les confessions abrahamiques, les mythologies modernes et les apocryphes. Le PDF de la V0.6 cite d’ailleurs quelques sources comme le Livre des Géants ou le Livre d’Hénoch.
Le concept final lie la puissance des dieux aux mythes partagés et aux fils conducteurs qui unissent les divinités. Ce sont des archétypes comme “Born Primordial”, qui décrit une déité née du chaos infini de l’univers et qui ont le contrôle sur des éléments comme l’esprit ou le chaos.
Le résultat : un système de magie assez souple pour permettre aux personnages de réaliser des prodiges, mais avec un coût, des risques et des limites crédibles. En théorie, il n’y a presque pas de plafond à ces miracles en dehors de la Divinité du dieu, car la puissance maximale augmente avec celle-ci. Le danger de jouer avec la réalité est toutefois bien présent et peut attirer l’attention des ennemis, en fonction des jets.
Le système de D12, évolution et impact sur le gameplay
Quant aux jets de dés, Young Gods utilise des D12. En effet, bien qu’inspiré du storyteller, utilisant des D10, Brenden a décidé d’opter pour un système qui tourne sous son polyèdre favori. Ce moteur était le point de départ et d’ancrage du jeu qui a été perfectionné avant le reste.
Bien qu’il fonctionne comme le Storyteller, en rassemblant un nombre de dés égal aux statistiques en jeu, le fait d’utiliser un D12 au lieu d’un D10 a des impacts sur les probabilités.
Par rapport à son ancêtre, il offre une tension plus constante même avec un grand nombre de dés : je suis monté jusqu’à huit dés dans mes tests, mais le groupe de Brenden est monté jusqu’à une vingtaine. “Tu peux rouler six succès avec cinq dés, ou seulement deux succès avec 25 dés. C’est ça, la beauté de Young Gods.”
En comparaison à Storyteller, on a un des probabilités légèrement plus difficile, 25% de chance de succès contre 30%. Cette différence joue en sa faveur, pour le “fall forward”, récompenser les joueurs malgré les échecs, et renforce l’aspect narrativiste en faisant avancer l’intrigue.
Perspectives d’avenir, l’avenir du jeu, des extensions, une communauté et des traductions
Hammer City Games façonne un JDR audacieux et sans compromis que j’espère pouvoir mieux vous présenter en détail une fois le livre en main. De plus, le succès de la version originale promet un bel avenir pour Young Gods entre les extensions et les traductions, dont une possible version française si un éditeur s’y intéresse.
Il précise d’ailleurs qu’il a joué à des jeux de l’Hexagone. Polaris, le jeu SF de Black Book Editions, figure parmi ses favoris. “Du coup, si on arrive à trouver le bon moyen de traduire ça [Young Gods] proprement en français, ce serait vraiment énorme.”
Brenden ne ferme pas la porte aux fans non plus. Il invite les rôlistes à s’approprier le Folklore System et de proposer leurs créations. La grande époque de Chronicles of Darkness donne déjà un aperçu de ce que l’on peut faire avec ce moteur et de sa longévité. Grandir, s’enrichir, s’épanouir, c’est tout le mal que je souhaite à cette odyssée, actuellement en phase de playtest avancé après un financement réussi, et qui ne fera que commencer avec son arrivée sur le marché prévue en janvier 2027!
En attendant, comment découvrir Young Gods ?
L’œuvre de la passion de ses créateurs, Young Gods ne s’adresse pas à tout le monde. Ce jeu ne plairait notamment pas aux âmes sensibles ou ceux qui cherchent un titre aux règles accessibles et simples pour une partie rapide entre potes.
“Si vous cherchez un truc avec de la vraie substance, qui n’a pas peur d’aborder la sexualité sans pour autant la diaboliser, la dénigrer, comme le font tellement d’autres jeux ou médias, alors je pense que Young Gods est vraiment le meilleur moyen de vous éclater. “ invite Brenden.
Malgré, ou plutôt grâce à sa niche, Young Gods est ma pépite surprise de 2026, voire LE jeu que j’aurais aimé créer. Il s’agit d’un jeu que je recommande vivement de découvrir et de se faire un avis si l’on veut se le procurer une fois qu’il sera disponible.
Ayant testé la V.06, j’attend impatiemment de découvrir la version finale qui doit compléter l’expérience. Elle va développer l’univers, fournir des conseils aux MJ, notamment pour le play-by-post et la création de PNJ. Cette version présentera aussi une annexe pour faciliter la navigation dans les règles. Essentiel pour un titre aussi fourni!
Bien que la campagne de financement soit passée, la page de sa campagne Backerkit reste ouverte pour s’informer sur le devenir du jeu, et surtout pour télécharger un extrait gratuit. Allez-y sans hésiter, en attendant un éventuel actual play sur jeuxderole.com.
