Les Personnages Non-Joueur ou Personnages Non Jouables, souvent raccourcis en PNJ, sont quasiment incontournables dans tout univers ludique. Bien que les Personnages Joueurs (PJ) soient au centre de l’intrigue en tant que protagonistes, ce sont leurs interactions avec les PNJ qui donnent vie au monde et font avancer le scénario.
Le PNJ est le complémentaire du Personnage Joueur dans les TTRPG. Si le PJ est l’avatar du joueur à travers lequel il interagit avec le monde du monde. Il est généralement créé et interprété par le MJ, mais d’autres alternatives existent, notamment l’utilisation d’Oracles et de l’Intelligence Artificielle. Cette dernière est surtout présente dans les jeux vidéo.
Créer un Personnage Non-Joueur en trois étapes
Étape 1: Définir la nécessité narrative
L’objectif du MJ dans la création des Personnages Non-Joueurs et du joueur quand il créée un Personnage Joueur n’est pas identique. Ainsi, ce dernier n’a pas à se demander « qui je veux incarner ? », mais plutôt « que faut-il incarner » ? Son utilité dans le monde du jeu et dans le scénario va baliser la création du PNJ et surtout la profondeur qu’il faut lui donner.
Étape 2 : Intégrer un détail mémorable
Appeler aussi Gimmick, il s’agit d’un aide-mémoire pour les Joueurs qui retiennent rarement les noms dès la première rencontre. En revanche, ils ont plus de chance de retenir des éléments notables comme un tic, un élément physique ou une pièce d’accoutrement spécifique. Donner un tel élément à un PNJ permet au MJ de communiquer directement à sa table de retenir cet individu.
Étape 3 : Fixer un objectif et un secret
Simple, complexe, à court terme, sur le long terme, réfléchi ou basique … Un bon PNJ veut quelque chose et cache quelque chose. Ces deux éléments suffisent à improviser ses réactions face aux joueurs et à leurs actions.
Typologie des PNJ
Le figurant
Le rôle le plus simple des Personnages Joueurs consiste à meubler le jeu. Qu’il soit un adjuvant, opposant ou figurant, un PNJ est là pour que les joueurs soient immergés dans un monde bien vivant. Autrement dit, c’est la fermière du coin, c’est l’enfant qui joue, c’est le chat sur le toit… Il est là pour faire joli et généralement ne va pas plus loin.
« Généralement » parce que dans le cas des jeux de rôle papier, les joueurs ont une certaine liberté d’action qui peut pousser ce PNJ dans une autre catégorie. Dites-vous bien que si vous décrivez qu’un chat est présent, il y a des chances que l’un des joueurs se décide à le caresser, le chouchouter… ou à l’emporter.
En parlant de chat, c’est typiquement ce qui est arrivé avec le chat du PJ de Bob Lennon dans les premiers épisodes d’Aventures, un personnage purement décoratif que les joueurs décident d’adopter. Comment gérer ? Nous verrons cela après.
Le personnage secondaire
La catégorie au-dessus du figurant est celle qui tient un rôle mineur dans le scénario. Cette fois-ci, le Personnage Non-Joueur est là pour une ou plusieurs scènes au cours pour interagir en bien, en mal ou ni l’un ni l’autre avec les joueurs pour faire avancer l’intrigue.
Celui-ci, c’est Martin le forgeron du village qui a besoin de matériel pour fabriquer une épée, c’est La Fouine, le voleur que les joueurs doivent arrêter ce soir. Ils n’ont pas à savoir grand-chose sur lui et si ça se trouve, c’est probablement la seule fois où ils interagiront avec.
Néanmoins, il peut être amené à évoluer. Un joueur peut trouver de l’intérêt pour La Fouine par exemple et choisir de s’en faire un rival sur le long terme, le Moriarty de son Sherlock.
Le personnage central
La dernière catégorie de Personnages Non-Joueurs correspond également à un élément central au scénario. Il n’est pas exagéré de dire que sans lui, il n’y aurait pas de phase de jeu, pas d’intrigue. Dans certains cas, ce personnage est l’objet de l’intrigue. Ces PNJ sont aussi développés que les PJ.
Pour illustrer, c’est par exemple Edwin Marlon. À 72 ans, ce mystérieux professeur d’archéologie à l’université d’Arkham, Massachusetts a engagé une équipe de spécialistes pour son expédition en Afrique, l’œuvre de toute sa vie. C’est cette initiative qui réunit les PJ qui n’auraient pas de raison de participer à cette aventure.
Comment donner une personnalité unique à un PNJ ?
Nourrir son imagination pour créer un Personnage Non-Joueur
Malgré la tentation de compter sur les archétypes familiers, il faut faire attention à ne pas tomber dans des stéréotypes lisses. Par défaut, on va piocher dans ce qu’on sait, ce qui nous est familier et donc après plusieurs parties, les PNJ vont commencer à se ressembler.
Puisqu’on va piocher dans ce qu’on connaît, alors il faut enrichir ses connaissances et son imagination. En d’autres termes, le mieux reste de se construire une panoplie de caractéristiques et de savoir les combiner pour créer des Personnages Non-Joueurs diversifiés. Lire des romans, jouer à des jeux, regarder des films, … Tout autant d’activités qui renforcent le coffre des MJ.
Exemple d’une combinaison originale, la contradiction
La technique de la contradiction est un exemple d’une telle combinaison qui va surprendre des joueurs. Prendre un stéréotype bien connu et lui coller une attitude paradoxale. L’exemple qui se développe d’une telle technique est l’orc « civilisé ». Il consiste à prendre un orc, souvent vu comme cet être colossal et barbare et lui faire parler avec une voix douce et raffinée.
Attention à l’excès de zèle. Employer la même technique pour tous les PNJ importants va simplement déplacer le problème. Ce qui rend Drizzt spécial, c’est son rejet de la nature maléfique des Drow de Lolth. Si tous les Drows agissaient comme lui, il ne serait pas mémorable.
Quels sont les pièges à éviter avec les PNJ ?
Le DMPC, le piège absolu
Le piège absolu est le DMPC (Dungeon Master Player Character). C’est le PNJ super-puissant créé et joué par le MJ. Dans les Horror Stories de parties, il va souvent voler la vedette aux joueurs en résolvant les énigmes et en tuant les ennemis à leur place tandis qu’ils se retrovuent spectateurs.
Les PJ Doivent rester les protagonistes de la campagne. En conséquence, un PNJ doit accompagner ou s’opposer à ces derniers, mais il ne peut jamais les remplacer. Eventuellement, le MJ peut se fabriquer un tel perso pour apporter temporairement et sporadiquement son aide aux joueurs. Il peut leur servir de mentor, de donneur de quêtes ou simplement d’instrument de sauvetage en début de partie, mais il ne doit pas apporter l’ultime solution ni être indispensable à la résolution de l’intrigue.
Une alternative pour faire jouer les MJ, le système tournant
Si le MJ veut prendre part à la partie, il existe une autre solution : le MJ tournant. Dans ce cas, il s’accorde avec un ou plusieurs joueurs pour alterner qui prendra la place derrière l’écran, laissant ainsi l’occasion à tous de profiter du jeu.
Cette méthode ne trouble que peu ou pas la dynamique entre PJ et PNJ. Certains PNJ deviennent ainsi PJ de temps en temps. Les one-shots, les sandbox et les campagnes West Marches se prêtent mieux à l’exercice que les campagnes classiques.
Le PNJ au quotidien : de l’adjuvant à la star et l’insulte
Preuve du gain d’importance des jeux de rôle dans la culture populaire, le terme PNJ est entré dans le langage populaire. En effet, dans les discussions sur les réseaux sociaux ou en commentaires sur YouTube, il est devenu une pratique de l’utiliser de manière péjorative. Pourquoi ?
Si le Personnage non Joueur est mis en contraste avec les Personnages Joueurs, c’est parce que ces derniers sont actifs. Les PNJ, en revanche, sont des créatures de l’ombre, des entités passives. Un rôle d’autant plus affirmé par le passage du RPG dans le monde vidéoludique.
Les limitations techniques y limitent les interactions et les réactions possibles. Les Personnages non Joueur ne peuvent avoir que certaines réactions (du moins jusqu’aux récents développements de l’Intelligence Artificiel). Ceci les cantonne à répéter les mêmes phrases ad-nauseum, à se tenir immobile à un endroit et autres absurdités s’il s’agissait de personnes réelles.
Si d’une part, ça a fait d’eux des chouchous d’Internet, avec des sketches qui parodient ce comportement, c’est aussi, d’autre part, un moyen de critiquer, voire rabaisser un individu. Dans ce cas, on insinue que son interlocuteur est prévisible, sans idées propres ni indépendance. Le contexte politique actuel, particulièrement clivant, est d’autant plus propice à son usage.
Comment gérer ses Personnages Non-Joueurs ?
Construire graduellement les PNJ
Ces descriptions vous ont peut-être donné une idée sur comment gérer les PNJ. Le Chat, La Fouine et le professeur Marlon en sont tous, mais ils se différencient par le souci du détail que le meneur leur apporte. Il est proportionnel à leur rôle. Vous aurez des dizaines voire centaines de PNJ, il faut donc donner cette profondeur là où elle importe afin de ne pas être submergé.
Cette méthode permet aussi de guider discrètement les joueurs. Lâchez le nom d’un personnage au cours d’une conversation et au prochain tour de table, vous êtes quasiment sûr qu’ils vont essayer de le rencontrer ou d’en apprendre plus sur lui.
Les JDR étant ce qu’ils sont cependant, les joueurs peuvent (et vont, croyez moi !) parfois pousser l’interaction avec les PNJ. Dans ce cas, prenez la typologie ci-dessus et faites-les monter progressivement dans l’importance. Un joueur veut emporter le chat ? Laissez-le faire et construisez-le progressivement : quelle couleur ? Quel tempérament ? Etc.
Être prêt, mais pas trop
Cette approche a aussi l’avantage de donner aux joueurs une certaine forme de contrôle sur l’histoire. En leur laissant cette liberté, vous n’en rendrez les parties que meilleures et mémorables : vous serez surpris de l’attachement que les joueurs peuvent développer pour ce chat.
C’est bien beau, mais c’est un exercice d’équilibriste que le meneur de jeu a à jouer. Ceci vient avec le territoire : le meneur doit être suffisamment préparé, mais resté flexible avec ses Personnages Non-Joueurs. Ainsi, si vos taquins de joueurs « se débarrassent » du professeur Marlon, inventez une autre raison de les envoyer sur la bonne voie.
Puisqu’on parle d’improvisation, avoir une liste de noms aléatoire et de quoi prendre note est aussi nécessaire. Vos joueurs vont probablement vous pousser à inventer des PNJ au vol et sauf en dernier recours, inutile d’interrompre la partie pour ça.
Vous n’avez pas été MJ tant que vos joueurs n’ont pas questionné la marchande de choux qui passait par là pendant des heures. Cinq minutes après son introduction ce personnage de remplissage est devenu madame Anna, mariée, 2 enfants, habite dans le faubourg nord et les PJ vont y dîner ce soir ! Ce genre de surprise fait partie des charmes du JDR.
Les rouages derrière le Personnage non-joueur
Sur le plan mécanique, les différents systèmes de jeu gèrent tout aussi différemment les PNJ. Ce choix de design tient à la philosophie même du jeu et suit plutôt sa cohérence au lieu de la logique au sens propre.
Suivant la fameuse théorie LNS, Ludisme, Narrativisme, Simulationnisme, on peut différencier trois types de PNJ :
L’approche Simulationniste :
Approche complexe que l’on trouve dans les jeux comme Traveller. Ici, le PNJ suit exactement les mêmes règles qu’un PJ. Sa fiche est d’ailleurs souvent quasiment identique avec les mêmes caractéristiques, modificateurs, équipement, … Il s’agit d’une approche très logique et fonctionnelle qui s’inscrit dans les mécaniques du jeu.
Cependant, elle peut devenir extrêmement lourde pour le meneur. Dans les faits, le meneur va jouer l’équivalent de plusieurs Personnages Joueur, il doit donc bien maîtriser le système et savoir s’organiser afin de ne pas arrêter l’action à la moindre interaction. Avoir de petites astuces pour résoudre rapidement les interactions entre PNJ peut aussi économiser du temps.
L’approche Narrative :
Elle est nettement plus légère et se trouvent dans les jeux plutôt narratifs de la famille Propulsé par l’Apocalypse ou PbtA, mais pas que. Ici, les PNJ n’ont pas nécessairement de caractéristiques chiffrées ou du moins, moins de caractéristiques en comparaison à un joueur.
Cette méthode est particulièrement fluide, notamment quand il est purement narratif / réactif du côté des meneurs de jeu. C’est le cas dans les PbtA justement. Dans ce cas, ce sont les jets des joueurs qui dictent l’action : un échec d’un joueur signifie que le PNJ réussit son attaque.
Malgré ce côté très pratique, l’approche narrative peut se montrer trop légère pour certains MJ. En effet, il demande paradoxalement de lâcher énormément de prise (le PNJ ne peut pas agir n’importe quand) tout en gardant à l’idée que le MJ a tous les pouvoirs (il n’obéit pas aux limites des PJ). Il faut l’inscrire consciemment dans la narration.
L’approche Ludique ou Hybride
À mi-chemin entre les deux autres cas plus haut, c’est un peu ce qu’on trouve dans la dernière édition de Dungeons & Dragons. Ainsi le système coupe la poire en deux. Le Personnage Non-Joueur a un bloc de statistiques simplifié qui remplace la feuille de personnage des PJ, pour se contenter de l’essentiel. Cependant les entités centrales possèdent des capacités inédites.
Comme il s’agit de l’intersection des deux mondes il n’a pas que leurs avantages, mais une partie de leurs inconvénients. Il peut être trop léger, ou demeurer trop lourd, il n’est aussi pas universellement défini. En fait, il s’agit d’un spectre où le MJ doit calibrer ce qu’il considère comme essentiel et moins essentiel.
Dans une de ses vidéos, ce qu’il considère comme sa vidéo la moins aimée d’ailleurs, Bob The Worldbuilder note qu’il est d’ailleurs possible de grandement simplifiée la fiche d’un monstre de DnD à l’instar de celles de Nimble. Preuve de la divergence d’opinion sur la question.
Faciliter la création de PNJ par les accessoires
Avec la multiplication de la popularité des jeux de rôle, de nouveaux venus veulent essayer de prendre la place du meneur de jeu. Ils se retrouvent alors face aux défis que cela impose, dont la création de personnages non joueurs, et cherchent de l’aide auprès des créateurs plus expérimentés.
En conséquence, ceci a conduit ces derniers à partager des accessoires qu’ils ont développés allant dans ce sens.
Les générateurs de Personnage Non-Joueur
Ce sont mes outils favoris pour la création de PNJ. Ils prennent l’apparence d’Oracles comme dans Mythic, une sélection de tableaux dans lesquels les MJ vont faire des jets pour définir des informations. De l’apparence des PJ à leurs actions en passant par leur rôle dans le monde ou encore les réponses qu’ils donnent aux questions, ces générateurs couvrent tout.
Les générateurs s’adaptent bien à l’improvisation, y compris en cas d’urgence. Toutefois, ils demandent au MJ d’être réactif et prêt à s’adapter, à interpréter. Un exercice difficile, fatigant, mais qui construit naturellement et progressivement le monde.
Les decks de cartes
Il prend généralement la forme de decks spécialisés pour un univers ou un titre spécifique. Ce type d’accessoire physique permet de tirer des cartes pour former les fondations d’un personnage de manière ludique et tactile, mais aussi de déterminer leurs caractéristiques. Ex: Les decks du Scénarurgien.
Ils ont plus ou moins les mêmes avantages et inconvénients que les Oracles. Pratiques, faciles d’accès, leur spécialisation à un système ou à un univers précis les rend cependant plus faciles à intégrer et à interpréter que les tableaux aux mots aléatoires et ésotériques. Leur seul vrai défaut, c’est peut-être le prix additionnel pour se les procurer.
L’Intelligence Artificiel
Outil encore controversé dans le monde des jeux de rôle, l’Intelligence Artificiel génératif peut aussi servir à créer des PNJ. À travers des sites les agents spécialisés comme Chat Gpt ou Gemini, l’IA peut générer en un clic l’apparence, le métier, les secrets et les statistiques d’un PNJ. Lui donner les informations comme le contexte, le système, etc… facilite sa compréhension et il va donner un résultat très complet.
Toutefois, l’usage de l’IA a une illusion de simplicité déconcertante. En voyant la facilité qu’il semble donner, on peut se retrouver dans la paresse et la facilité. Le reste de la communauté des rôlistes n’apprécient pas nécessairement l’usage de l’outil pour leurs raisons personnelles, il vaut mieux donc avoir l’accord de tous et en user intelligemment.
Le PNJ au quotidien : de l’adjuvant à la star et l’insulte
Preuve du gain d’importance des jeux de rôle dans la culture populaire, le terme PNJ est entré dans le langage populaire. En effet, dans les discussions sur les réseaux sociaux ou en commentaires sur YouTube, il est devenu une pratique de l’utiliser de manière péjorative. Pourquoi ?
L’origine de l’usage péjoratif du terme PNJ
Si le Personnage non Joueur est mis en contraste avec les Personnages Joueurs, c’est parce que ces derniers sont actifs. Les PNJ, en revanche, sont des créatures de l’ombre, des entités passives. Un rôle d’autant plus affirmé par le passage du RPG dans le monde vidéoludique.
Les limitations techniques y limitent les interactions et les réactions possibles. Les Personnages non Joueur ne peuvent avoir que certaines réactions (du moins jusqu’aux récents développements de l’Intelligence Artificiel). Ceci les cantonne à répéter les mêmes phrases ad-nauseum, à se tenir immobile à un endroit et autres absurdités s’il s’agissait de personnes réelles.
Si d’une part, ça a fait d’eux des chouchous d’Internet, avec des sketches qui parodient ce comportement, c’est aussi, d’autre part, un moyen de critiquer, voire rabaisser un individu. Dans ce cas, on insinue que son interlocuteur est prévisible, sans idées propres ni indépendance. Le contexte politique actuel, particulièrement clivant, est d’autant plus propice à son usage.


