Les Amériques de la fin du XVIIIe siècle, le destin du jeune Lonie Oliver change à jamais après la trahison de son meilleur ami. Voici les Chroniques de ce Vampire à travers le XIXe siècle…
Chroniques d’un Vampire Millénaire est un jeu de rôle solo de Tim Hutchings dont j’ai déjà parlé sur jeuxderole.com. Simple à prendre en main, peut-être un peu léger au niveau du gameplay pour certains, il n’en demeure pas moins un bon moyen de s’évader le temps de quelques heures dans un système prenant, mais sans prise de tête.
Débuter sa Chroniques d’un Vampire Millénaire
La première Expérience d’un Vampire
Un Vampire dans Chroniques d’un Vampire Millénaire ou TYOV pour utiliser l’abréviation de son titre original est un immortel avec un point faible qui se nourrit de quelque chose chez les êtres humains. Ainsi, ils n’ont pas à être des buveurs de sang. Mécaniquement, il se traduit par une collection d’informations : des Souvenirs divisés en Expériences, des Compétences, des Ressources, d’autres Personnages et les Marques qui trahissent sa vraie nature.
La première Expérience décrit le personnage. « Je suis né Lonie Oliver, mais les gens m’appellent aussi parfois « Solitude ». Une référence à mes habitudes de rester seul. Maman et Papa disent que je suis né avec le pays… » Nous sommes au début des années 1800 et les Etats-Unis sont décolonisés depuis peu, c’est dans cette Nation en construction qu’est né et a grandi notre protagoniste solitaire.
Les bases mécaniques dans Chroniques d’un Vampire Millénaire : Compétences, Ressources, …
Chroniques d’un Vampire Millénaire demande ensuite de compléter les fondations du personnage. Ceci comprend 3 Compétences, 3 Ressources, des Personnages – dont 1 Immortel qui a transformé le protagoniste – et 4 Expériences. Il faut connecter ces éléments pour donner un récit cohérent.
Dans la vie de Lonie, il n’y a qu’une poignée de personnes importantes. Elizabeth et Henry Oliver, ses parents ; Edward Derley, son meilleur ami un brin turbulent ; Darcy Paddinscott, une de ses cousines de qui il est proche et « Le Malin », celui qui l’a changé. Ses compétences présentent un homme solide, pas toujours agréable et bon avec ses pistolets à silex. Il est le fruit de son éducation. Inspiré par un conseil donné dans Dust Devils, j’ai formulé toutes les Compétences de Lonie sous la forme « [qualificatif] comme [quelque chose] ». Il est donc « Rapide comme l’éclair », par exemple.
La nuit du 27 février 1809…
C’est d’Henry qu’il apprend le maniement des armes, aux côtés du fils de leurs voisins, Edward. Le père, Oliver, tenait à ce que son fils ait cette compétence dès son plus jeune âge. La mère, Elizabeth, lui a appris à tuer et préparer les animaux de la ferme. Endurci par cette enfance, il est devenu « Solitude », sauf pour sa cousine, Darcy, qui lui a fait un manteau pour l’hiver 1809. Lonie le portait le jour où Edward et d’autres hommes l’ont emmené à la chasse, dans la montagne. Chasse dont il ne savait pas qu’il ne devait pas revenir…
Isolé dans une section difficilement accessible de la montagne, Lonie a été trahi par ses compagnons. Ils l’ont criblé de balles et l’ont laissé mourir. C’est alors que « Le Malin » est venu à lui pour lui faire une offre : en échange de lui servir de collecteur d’âmes, il ramènerait Lonie dans le monde des vivants. Motivé par la colère et la vengeance, il accepta. Cette nuit du 27 février 1809, il se réveilla transformé, le corps portant la Marque de sa nouvelle nature : ses blessures brillaient comme les Flammes de l’Enfer.
Le cœur de la partie : les Amorces
Le jeu : 1d10, 1d6 et des Amorces
Chroniques d’un Vampire Millénaire est un JDR solo où le joueur doit réagir et improviser. Il requiert deux dés, 1d10 et 1d6, qui sont lancés en même temps. On fait ensuite la différence pour savoir s’il faut avancer (résultat positif) ou reculer (résultat négatif) et de quel nombre d’Amorces. L’Amorce qu’on obtient dicte les grandes lignes de la situation actuelle du PJ qui devient une nouvelle Expérience.
En général, la première Expérience que ces jets génère est la 1 : tuer un Personnage mortel et gagner la Compétence Sanguinaire. Pour Lonie, revenu de l’Au-delà et aveuglé par la rage, il part à la poursuite d’Edward qu’il trouve chez Darcy. Il le tue avant de disparaître dans l’obscurité : sa non-vie comme chasseur d’âme pour « Le Malin » débute ainsi.
La manière dont le joueur interprète une Amorce est pleinement sous son contrôle. Ce n’est pas le cas de ses impacts. Comme ici, elle peut créer une Compétence ou une Ressource… ou en retirer. Un Vampire ne peut aussi avoir qu’une quantité limitée d’Expériences dans un Souvenir et doit parfois en effacer, perdant ainsi une part de son identité.
Chronique d’un Vampire Millénaire
Le Journal de Lonie Oliver
Souvenir I : Mon identité
• Expérience 1 : Je suis né Lonie Oliver, mais les gens m’appellent aussi parfois « Solitude ». Une référence à mes habitudes à rester seul. Maman et Papa disent que je suis né avec le pays…Souvenir II : Les meurtres
•Expérience 1 : Maman m’a montré comment tuer et éventrer divers animaux. Au début, j’étais choqué et effrayé, mais j’avoue qu’on s’y habitue. C’est comme ça que j’ai commencé mes premiers meurtresSouvenir III : Les armes à feux
•Expérience 1 : Papa nous a appris, à moi et à Edward, le fils des voisins, à tirer avec une arme. C’est la compétence la plus fiable qu’un homme devrait avoir juste après la foi dans Le Seigneur, a-t-il déclaré.Souvenir IV : La Solitude
• Expérience 1 : Aujourd’hui, nous sommes sortis un moment, ma vieille jument et moi. Il faisait un peu froid au début, mais bientôt, il a commencé à geler… En rentrant, j’ai croisé Darcy sur le sentier. Elle fut surprise que « Solitude » accepte de la ramener chez elle. Le lendemain, elle m’a offert un manteau en signe de gratitude.Souvenir V : « Le Malin »
• Expérience 1 : Je n’arrivais pas à y croire… Trahi ! J’ai été trahi par Edward et les autres. Ils se sont retournés contre moi dans les montagnes et m’ont abattu. Alors que mon esprit disparaissait, un homme étrange, tout en noir aux yeux flamboyants, Le Malin, si vous voulez mon avis, est venu. En quelques mots, il m’a offert une nouvelle chance de vivre si je voulais me venger. Ce fut au prix de la damnation, car je ne pourrai plus jamais marcher au soleil.- Méchant comme un taureau de rodéo
- Rapide comme l’éclair (coché)
- Plus solide qu’une pierre tombale
- Une vieille jument fiable
- Quelques pistolets à silex
- Manteau à la mode des années 1800
- Elizabeth & Henry Oliver (Mortel)
- Edward Derley (Décédé)
- Darcy Paddinscott (Mortel)
- « Le Malin » (Immortel)
- Mon corps est criblé de blessures par balle. Elles ne cicatrisent pas et ne font pas mal. Elles brillent du rouge des flammes de l’Enfer quand je me mets en colère.
Le Journal d’un Vampire…
S’il ne veut pas que son personnage oublie certaines choses, Chroniques d’un Vampire Millénaire permet au joueur de transférer des Souvenirs dans un Journal. Il s’agit d’un objet matériel où ils sont notés. En tant qu’objet, un Journal demeure cependant une Ressource qu’il peut être amené à perdre au fil de la partie. Il joue aussi un rôle dans certaines Amorce.
Après ce premier meurtre, « Le Malin » est parfois apparu à Lonie pour lui rappeler ses devoirs. À présent conscient de son existence, Lonie apprend la Liberté de son mentor. Libre comme le Malin, il se libère de beaucoup de barrières morales de son ancienne existence. Une Compétence qui allait se révéler cruciale quand il doit éliminer tout un village en 1820 : il ne tue plus les animaux de la ferme, mais les humains. C’est à cette occasion qu’il fait la connaissance de Pearl Hayes, une criminelle dont le sort allait être lié au sien.
…Et sa vie d’immortel
Ce qui ressort de ces premières Amorces, c’est que Chroniques d’un Vampire Millénaire assume que le protagoniste n’est pas quelqu’un de bien. S’il n’est pas forcément cruel, sa morale est généralement grise, causant du mal à d’autres Personnages pour ses besoins. Ceci donne toutefois une tournure dramatique, surtout si on veut bien jouer avec les impacts émotionnels en faisant revenir les êtres auxquels le PJ tient.
C’est ainsi que Lonie rencontre une jeune fille en allant au Mexique. Elle s’appelait Juana Maria de la Rivera et il avait trouvé refuge dans la grange de ses parents. « Solitude » y retrouve un semblant d’humanité : il n’est pas question de tuer ou être tué avec ces gens. Et des décennies plus tard, à présent sous l’identité de Leon Oakley, Lonie l’a retrouvée, âgée, lors de la guerre Américano-Mexicaine. À sa demande, il sauve sa fille, Sofia Josefina Elliot.
Les années qui passent ont des impacts sur le monde. Les Personnages mortels, au terme d’une poignée d’Amorces, meurent, s’ils n’ont pas été tués par le Vampire au cours d’une Amorce. Lonie survit ces années de non-vie sans revoir ses parents, ils meurent sans qu’il n’apprenne jamais comment. Ce qui n’est pas forcément le cas pour les autres Personnages qui meurent de sa main.
Les dilemmes : l’épice de TYOV
Chroniques d’un Vampire Millénaire force donc le joueur à faire des choix difficiles. Perdre des Ressources, tuer des Personnages ou les ramener, créer de nouvelles Marques ou oublier des Souvenirs créent une dynamique narrative naturelle. Certaines Amorces peuvent aussi renverser les choix précédents ou créer la surprise en bouleversant ce que l’on a pu planifier. Je conseille de les embrasser pleinement et de les connecter à d’autres intrigues.
Lonie avait commis le massacre de 1820 avec Pearl Hayes. Vingt ans plus tard, elle n’a pas changé. Connue comme « La Colombe Sauvage », elle mène une vie de crimes et on le paie pour la retrouver et la tuer. Mais si Lonie parvient à la rattraper, il décide plutôt d’en faire une immortelle comme lui en échange d’un service. Service qu’elle rendra plus tard en prenant Sofia Josefina Elliot sous son aile pendant un temps. Pearl l’enverra en Europe quand Lonie disparaît pendant quinze ans après qu’une bataille contre l’armée mexicaine l’oblige à se terrer dans une tombe.
Jouer avec la chronologie dans Chroniques d’un Vampire Millénaire
Bien que ce ne soit pas obligatoire pour profiter du jeu, Chroniques d’un Vampire Millénaire invite aussi à jouer avec l’Histoire. C’est aussi un des aspects du jeu que j’aime particulièrement, lorsque les Amorces parlent de l’évolution du monde et de ses conséquences pour le Vampire. Ainsi, si Lonie a commencé sa non-vie juste après l’indépendance américaine, il traverse ensuite la période de l’Ouest Sauvage avec la Guerre du Mexique, puis la Guerre de Sécession et la Conquête de l’Ouest jusqu’à la Grande Guerre.
Lonie n’est plus seul au fil du temps. Lui qui était connu comme « Solitude » trouve des compagnons d’infortune. Avant Pearl « La Colombe Sauvage » Hayes, il transforme aussi accidentellement Darcy qui se venge en ramenant Edward à son tour. Leurs premières rencontres étaient brutales, mais limitées par « Le Malin » qui ne voulait pas perdre ses hommes de main.
Les années passées à partager le même sort finissent par les unir sous une même bannière. Presque un siècle s’était écoulé depuis le 28 février 1809, chacun était devenu un tueur : quelle importance les trahisons et autres enfantillages d’un temps à présent révolu pouvaient-ils avoir ? D’autant plus que les dangers grandissaient….
En effet, « Le Malin » avait été éliminé à El Paso. S’ils étaient tous quasiment immortels, ils n’étaient pas indestructibles. Et leur apparence progressivement monstrueuse en faisait des cibles faciles dans ce monde qui était de plus en plus connecté : le rail et le télégraphe parcouraient le pays et informaient de leur présence, la photographie créait des traces de leur passage. L’Ouest Sauvage était à son crépuscule.
La fin de Lonie Oliver, décembre 1898
Une partie de Chroniques d’un Vampire Millénaire n’est pas infinie. Les Amorces augmentent en intensité jusqu’à arriver à l’une des dernières. L’intervalle des Amorces 72 à 80 conclut le récit du Vampire avec des résultats de plus en plus favorables : si l’Amorce 72 est la destruction par le Soleil en n’étant pas capable de trouver refuge, l’Amorce 80 est une ascension vers une existence supérieure.
Louis Otto, la nouvelle persona de Lonie, a eu la chance d’obtenir 79. Cette Amorce lui donnait la chance de retrouver sa mortalité, dans tous les cas, quelque chose tourne mal… Dans l’esprit Western qui a guidé la partie, il fallait que ça soit une fusillade de tous les diables.
Une église de la campagne du Texas, par une nuit d’orage. C’est le couvent de la vieille Mère Liz, la vieille femme respire toujours la force de ses jeunes années et son regard brûle avec le zèle d’une foi ardente. Son cœur n’est plus si fort et seuls les soins du bon Dr Mc Guir l’aident à tenir, mais plus pour longtemps. Devant eux se tiennent les figures damnées de Lonie, Edward, Darcy et Pearl, elle les a fait venir dans un but : sauver leurs âmes.
Face à leur refus, elle révèle ses vraies couleurs. Des mercenaires arrosent l’église avec des gatlings, la Mère supérieure était prête à donner sa vie pour les anéantir définitivement. Au terme d’une terrible fusillade, le silence était retombé. La Mère Liz a été enterrée le dimanche suivant. Les formes squelettiques ardentes de quatre cavaliers d’un autre temps continuent de hanter les cauchemars…et parfois les espoirs des gens comme le Dr Mc Guir.
Petit conseil personnel : l’épilogue dans Chroniques d’un Vampire Millénaire
À titre purement personnel, après la partie de Chroniques d’un Vampire Millénaire j’aime bien revenir avec un épilogue. Sans Amorce, il sert à conclure les points non-résolus et rend le tout plus cohérent à mon goût. Le destin des mortels restant, notamment ou des objets importants comme un journal perdu. Dans la liste de « Solitude », il ne restait plus qu’un mortel : le Colonel Haukes.
La dernière entrée raconte sa fin. « Le colonel Hauke vivra encore quelques décennies. Lorsque les États-Unis ont participé à la Grande Guerre, il a mené courageusement une troupe en Europe, où il est mort en héros. Des histoires de cavaliers enflammés furent racontées à cette époque également, défendant le corps du colonel contre ses ennemis. Les anciens soldats parlent encore de balles trop anciennes pour cette époque retrouvée sur les cadavres des hommes du Kaiser dans le No Man’s Land. »
Chroniques d’un Vampire Millénaire, c’est toujours l’un de mes jeux favoris pour m’amuser sans prise de tête le temps d’un après-midi. Il accomplit son objectif de raconter l’histoire d’un immortel tandis que sa non vie le dévore et que le monde change. J’espère un jour avoir l’occasion de tester la suite faite par Tim Hutchings : So You’ve Met a Thousand Year Old Vampire.

