Righteous Blood, Ruthless Blades est un jeu de rôle qui explore un genre encore trop peu reconnu dans le milieu : le Wuxia. Plutôt que d’inscrire des stéréotypes asiatiques dans un monde de fantasy, il comprend ce qui fait la saveur de ce genre cinématographique et offre un système spécialisé.
Si la fantasy médiéval demeure la base des jeux de rôle, les créateurs ont ouvert le hobby à d’autres sources d’inspirations. Ainsi, on a rapidement trouvé des JDR pour la science-fiction, le western, l’urban fantasy,… Mais certains demeurent tout de même encore rares.
La compréhension du jianghu dans Righteous Blood, Ruthless Blades
C’est le cas du Wuxia, qu’on connaît parfois abusivement sous le nom de « films de kung-fu ». Righteous Blood, Ruthless Blades rend honneur aux codes de ce dernier. Il est une production de Brendan Davis et Jeremy Bai, publié chez Osprey Games en 2020 et a d’ailleurs obtenu un ENNIE auprès du jury en 2021. Une première pour cet éditeur.
RBRB, pour faire court, se concentre notamment sur un cadre particulier des films Wuxia. Ce dernier est appelé le jianghu, le monde des arts martiaux. Ce monde est une version fantastique du passé de la Chine, marquée par son mélange de romantisme et de brutalité ainsi que par l’importance des arts martiaux. Tigre et Dragon et les autres films du genre ont donné ses lettres de noblesse au jianghu à l’international, mais plus récemment dans les jeux vidéo, on trouve aussi le MMO Where Winds Meet et le roguelike Forestrike.
Ces derniers donnent le ton général du monde de Righteous Blood, Ruthless Blades. Les joueurs y incarnent des maîtres des arts martiaux, qu’ils soient marchant, artisan, paysan ou autre, et seront amenés à rencontrer et à affronter d’autres maîtres. L’ambiance est cinématographique, mais aussi brutale. La mort n’est jamais loin et les personnages dégagent une aura meurtrière du fait de leurs actions.
Le système de jeu : un moteur nd10 simple…
La base du moteur de RBRB devrait parler à beaucoup puisqu’il rappelle le Storyteller System du Monde des Ténèbres. D’ailleurs, la fiche personnage présente les mêmes cercles à remplir pour déterminer le niveau de maîtrise d’une compétence donnée : plus un joueur a noirci de cercles pour une compétence, plus son PJ s’y connaît.
La résolution n’est d’ailleurs pas si différente, Righteous Blood, Ruthless Blades employant aussi un pool de dés à 10 faces. Face à une situation donnée, le meneur ou les règles déterminent la valeur d’un seuil de difficulté à atteindre ou dépassé. Le joueur prend ensuite un nombre de d10 correspondant à la valeur de la compétence spécifiée. Cependant, plutôt que de compter des succès, ici, il ne garde que le résultat le plus élevé. Si ce dernier égale ou dépasse le seuil de difficulté, c’est un succès, le 10 est un succès critique.
Ce système a aussi quelques nuances pour poser des limites ou simuler les situations avantagées ou compliquées. Ainsi, le nombre maximal de dés qu’un joueur peut jeter via ses compétences ne peut pas dépasser 7 et l’avantage octroie un dé supplémentaire. Les désavantages retirent un dé et un joueur peut se retrouver avec un nombre négatif de dé. Dans ce cas, il jette toujours le pool de dés, mais ne garde que le résultat le plus bas.
…pour des combats complexes et épiques,…
L’exploration et les interactions sociales sont les aspects du jeu les plus simplifiés par ce système. En revanche, le moteur de Righteous Blood, Ruthless Blades développe beaucoup plus les combats qui forment le cœur du Wuxia. Les résolutions respectent toujours le système de d10, mais elles sont enrichies via les nombreuses compétences qui s’ouvrent aux personnages à travers les Compétences Signatures et les Contres.
Au début de l’aventure, chaque personnage commence avec un de chaque, cette combinaison forme son style d’art martial. Le livret de base liste quelques idées de bases correspondant à des archétypes récurrents dans les médias Wuxia : point ivre, maitre épéiste, musicien… Mais un joueur peut imaginer ses propres combinaisons, du moment que son PJ remplit les critères des techniques qu’il désire avoir.
Le déroulement d’un combat respecte aussi l’esprit des duels cinématographiques Wuxia. Ainsi, chaque round comprend trois phases, dont une première phase pour la contemplation. Les opposants s’observent, s’étudient et peuvent même discuter. Avant d’entrer dans la seconde phase, celle où les participants déterminent l’ordre des actions dans la dernière phase. Ici, les combattants se déplacent et font leurs actions.
… Mais létaux : la formule de Righteous Blood, Ruthless Blades
Ces actions comprennent principalement les Compétences Signatures et les Contres. Si leur description devrait être épique, avec des pétales qui s’envolent, des meubles brisées et j’en passe, leurs conséquences sur les personnages peuvent être très brutales. Un round peut suffire à abattre un personnage, y compris un personnage de haut niveau dans Righteous Blood, Ruthless Blades. Il propose d’ailleurs une table de blessures comme on en trouve dans Warhammer Fantasy avec la fameuse mort instantanée et violente.
De plus, RBRB est clair quant à l’équilibre : elle n’est pas toujours présente et c’est voulu. Ainsi, il peut arriver que certaines combinaisons de Compétences et de Contres favorisent pleinement un personnage contre un autre, voire qu’il puisse le neutraliser. Par exemple : un contre qui brise les membres d’un combattant qui en dépend entièrement pour combattre. C’est pourquoi le jeu invite les joueurs à créer un personnage de rechange (comme les recrues dans les jeux OSR) au cas où.
La progression de ce personnage secondaire suit celle du personnage principal. Il peut donc prendre le relais à tout moment. Concernant la progression, un PJ peut monter jusqu’au niveau 9. Le rythme dépend du MJ, mais le jeu propose trois paliers de vitesse en fonction de la longueur désirée pour la campagne.
Une gamme sous-développée ?
Malheureusement, c’est là le principal défaut de Righteous Blood, Ruthless Blades. Comme presque tous les titres de l’écurie Osprey (Tomorrow City, Hard City…), il n’y a pas d’extension, ni même de scénarios supplémentaires en 5 ans. On ne fait donc rapidement le tour à moins de commencer à produire soi-même du contenu pour sa table.
Un poids en plus pour les MJ qui doivent aussi gérer beaucoup de variables. En effet, les PNJ fonctionnant comme les PJ avec des Compétences et des Contres, le meneur peut se retrouver submergé. D’autant plus que les fiches listent les Techniques, mais sans inclure leurs effets, faute de place.
Pour son originalité, Righteous Blood, Ruthless Blades vaut tout de même le détour, ne serait-ce qu’une pause entre deux campagnes ou en one-shot. Par ailleurs, il arrive aussi en Français, chez les marchands de JDR, grâce à la collection Persona de Barbu Inc. En effet, l’éditeur a réussi à financer sa traduction sous le titre de Lames Cruelles, Sang Vertueux.



