Cthulhu : The Cosmic Abyss, une expérience lovecraftienne fidèle, mais limitée

Avec Cthulhu : The Cosmic Abyss, Nacon et Big Bad Wolf offrent aux joueurs une enquête lovecraftienne. Sortant des sentiers battus du genre, le jeu constitue une plongée immersive, bien qu’un peu cahoteuse, dans les abysses du Mythe.

Le Mythe de Cthulhu fait partie des grandes influences de la fantasy. Né de l’imagination de l’auteur Howard Phillips Lovecraft au début du XXe siècle, on retrouve son influence dans de nombreux médias dont Donjons & Dragons ou encore Yu-Gi-Oh ! Des incursions dans le monde des jeux vidéo ont aussi eu lieu.

Miskatonic, 2056…

Sorti le 16 Avril 2026, Cthulhu : The Cosmic Abyss est un nouveau venu dans une scène marqué par des classiques comme Dark Corners of the Earth et Soma ainsi que des tentatives plus récentes comme Call of Cthulhu ou The Sinking City. Dès les premières minutes de jeu, il se démarque à travers un ancrage dans le Mythe et un cadre atypique.

Le prologue s’ouvre en effet dans la région fictive de la Nouvelle Angleterre où se déroulent de nombreux récits du Maître. On vogue sur la Miskatonic, la rivière qui coule à travers Arkham, à la recherche d’une collègue disparue. Puis The Cosmic Abyss pose son environnement : l’année est le futur proche de 2056, avec des technologies finalement pas si impossibles d’ici-là, tel que l’IA « Key » qui accompagne le protagoniste, Noah.

Cthulhu : The Cosmic Abyss est-il un bon jeu sur le Mythe de Lovecraft ?

Du Lovecraft dans un futur proche ? Je sais que ce genre de scénario peut fonctionner. Certains scénarios modernes de la gamme L’Appel de Cthulhu ou de Delta Green l’ont prouvé. Et avec du recul, j’estime que mon expérience personnelle avec le TTRPG et les nouvelles originales ont contribué à mon appréciation du jeu, par rapport à d’autres critiques.

Pour moi, il ne faut pas vendre Cthulhu : The Cosmic Abyss comme un jeu d’horreur, mais d’enquête. Je doute d’ailleurs que les créateurs l’aient fait, parlant d’un jeu « narratif d’investigation ». Et c’est plutôt le public qui en avait l’attente par association avec les autres jeux vidéo qui se sont inspiré des écrits du Maître. On se retrouve malheureusement donc avec beaucoup qui demandent « où est l’horreur ? ».

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Un jeu d’enquête et non d’horreur

The Cosmic Abyss parvient à retranscrire un aspect essentiel des nouvelles originales. L’horreur est dans la découverte de la vérité. Elle existe, mais elle est en général absente du récit pour ne se manifester que par intermittence ou ultimement à la fin.

Le protagoniste chez Lovecraft ne voit que les traces, des récits ensevelis sous des couches de témoignages qui ne sont ni nécessairement complets ni précis. Dans l’Appel de Cthulhu, le lecteur lit les papiers d’un homme décédé qui lui-même a enquêté sur d’autres personnes décédées, c’est pareil dans Cthulhu : The Cosmic Abyss.

Lorsque Noah arrive dans la station PIT, quand le gameplay commence vraiment, il est dans le noir total. L’environnement et les entrées de journal donnent une idée du déroulement des événements, mais n’offrent pas de réponse directe sous la forme d’un texte d’exposition complet. C’est pour ça que je parle d’un jeu d’enquête : c’est avec une certaine liberté que le joueur fait des va-et-vient, explore et tire des conclusions avec l’aide Key.

Votre seule alliée, l’IA Key

Ce passage dans la station PIT a quelque chose d’Alien. Il est claustrophobique avec des passages étroits, de petites pièces et la présence supposée d’une créature dangereuse. Les joueurs connaisseurs du Mythe feront immédiatement le lien avec les nouvelles quant à l’identité du coupable, mais ceci n’enlève en rien à l’expérience. Expérience très isolée et solitaire, en dehors de la présence de Key.

L’IA qui accompagne Noah et le joueur est un personnage à part. D’abord très plate au début du jeu, elle développe progressivement une personnalité au fur et à mesure de la partie. Son arc culmine dans l’ultime chapitre et la fin du jeu. La question de son individualité est d’ailleurs touchée rapidement dès le prologue, pour ne revenir qu’avant la conclusion.

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L’aspect mécanique des investigations

Key est aussi au cœur des mécaniques de l’investigation. D’une part, à travers le Sonar, un appareil qui commence d’abord comme moyen de navigation dans les profondeurs abyssales, mais devient vite l’outil essentiel pour révéler des indices et résoudre les énigmes. Maitriser le Sonar est le secret, pour ne pas dire la clé, pour résoudre les puzzles qui jalonnent la progression.

D’autre part, Key gère aussi le Vault. Dans cette interface, le joueur a accès à tous les indices à sa disposition pour le chapitre en cours. Ils renforcent mon postulat de départ que Cthulhu : The Cosmic Abyss demeure un jeu d’enquête avant tout. D’ailleurs ils peuvent être à la fois importants, optionnels et même trompeurs, c’est pour cela que le joueur a la liberté d’organiser, connecter, marquer et épingler les indices.

Enfin, Key dispose aussi d’une dernière interface, celle de la Corruption. Cette mécanique reflète l’influence de Cthulhu sur le protagoniste et l’impact de l’horreur sur lui, comme la Santé Mentale dans CoC. Selon la manière dont le joueur résout l’énigme, la Corruption augmente ou diminue.

Simple en apparence, elle différencie les joueurs qui ont pris le temps de bien faire leur enquête des autres. En effet, la solution qui augmente la Corruption se présente souvent d’elle-même, tandis que l’autre implique des étapes additionnelles qui ne sont pourtant pas si obscures. Eviter la Corruption récompense aussi le joueur en lui épargnant de perdre les bonus qu’il débloque à travers des tablettes.

Une immersion au cœur d’un récit lovecraftien

La présentation est probablement la plus grande force de Cthulhu : The Cosmic Abyss. Le choix de vouloir emmener les joueurs dans R’lyeh est un défi vu sa description aux géométries impossibles. Les créateurs du jeu l’ont passé haut la main, je me retrouvais à m’arrêter pour admirer certains paysages et j’utiliserais surement des captures du jeu si je devais y emmener des PJ dans de futures parties de JDR papier.

En dehors des architectures cyclopéennes en basalte, le joueur traverse aussi d’autres environnements. La station PIT, les constructions extra-terrestres, les passages envahis par l’étrange matière organique fongique verdâtre, le Gardien… Les scènes sont suffisamment marquantes et diversifiées pour marquer les souvenirs.

J’argumenterai aussi que le jeu est immersif. D’abord par les interfaces, qui sont toutes diégétiques : comme dans Cyberpunk 2077, elles font partie de la vision du protagoniste. Mais aussi par son ambiance. Cthulhu : The Cosmic Abyss a celle des nouvelles de Lovecraft, y compris l’absence d’un monstre qui poursuivrait le joueur et lui demanderait de fuir ou se cacher ou autre.  Ce que Noah fait est un peu similaire à ce que fait Nathaniel Wingate Peaslee dans « Dans l’Âbime du Temps » : visiter un lieu vide, mais riche en histoire avec une menace enfuie.

Pour comparer avec un autre titre, Vampire The Masquerade : Bloodlines. Dans cet RPG, l’un des passages les plus connus est l’Hôtel, une phase horrifique, fortement inspiré par The Shining… Et qui ne représente aucun danger pour le joueur. Il n’y a pas d’ennemi dans l’hôtel et les seuls morts possibles viendraient d’actions inattendues de la part du joueur ou de bugs.

Bugs et crashs, les failles de Cthulhu : The Cosmic Abyss

En parlant de bugs, ils sont sûrement la partie la plus problématique de Cthulhu : The Cosmic Abyss. Pour ma part, j’ai vécu celle où le protagoniste perdait soudainement la possibilité de sauter et aucune manipulation n’a pu me permettre d’y remédier. Le problème s’est corrigé de lui-même plus tard. Elle n’a pas empêché ma progression.

Si d’autres joueurs se plaignent de crashs et de perte de progression, je n’ai rien vécu de tel. Hormis un crash au cours de l’avant-dernier chapitre, je n’ai connu aucune mauvaise expérience liée aux performances (sur un i5 de 9ème génération et un RTX 4060, pour référence). Le jeu continue de recevoir des patchs et les bugs devraient disparaître progressivement.

cthulhu cosmic abyss

Limites ou potentiel caché ?

Le jeu, je trouve souffre d’un manque de moyen, en revanche. Il est bon, sinon excellent, en dehors des bugs, mais il me laisse avec l’envie d’avoir plus. Pour le comparer aux JDR, il ressemble aux premiers titres de la sous-gamme « Alone Against », la gamme solo de L’Appel de Cthulhu. Immersif, certes, mais limité comparé à ce que l’on peut faire à présent.

J’aurais voulu plus de possibilités pour aller avec la liberté offerte par l’enquête. D’autres solutions pour résoudre les puzzles seraient bienvenues en dehors du dichotomique système de corruption. Si un autre volet sort, je souhaiterais voir ce que l’équipe ferait avec Arkham, Dunwich, Innsmouth, Leng, Yuggoth….

Les interactions avec les PNJ sont aussi trop limitées à mon goût. La fin de Marsh, motivation principale en début de partie, m’a laissé un peu sur ma faim. D’ailleurs, je trouve dommage qu’il n’ait pas l’apparence iconique de la famille dont il emprunte le nom, au moins dans sa dernière apparition.

Cthulhu : The Cosmic Abyss représente aussi les Yithiens sous une silhouette humaine dans les reconstitutions. Ils sont pourtant plus impressionnants que cela dans le lore et je trouve que le jeu aurait gagné à les montrer comme ils sont sur leurs statues. Le Grand Ancien, en revanche, est représenté dans toute sa grandeur.

Les petits bugs et chipotages à part, je recommande Cthulhu : The Cosmic Abyss à tous les fans de Lovecraft. En revanche, il faut bien venir avec la bonne attente, c’est un jeu d’enquête, plus proche d’un point & click que d’un jeu de survival-horror. Sa durée de vie, bien que courte avec 10 à 12 heures de jeu, offre une expérience immersive qui vaut le détour.

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