Le JDR Dies Irae plonge les rôlistes dans le cadre historique de la Guerre de Cent Ans teinté de fantasy. Propulsé par le système familier, mais innové, de la 5E, il offre une expérience polyvalente aux grés des désirs de la table.
Le Moyen-âge européen est la période chronologique la plus rattachée aux jeux de rôle. Ce n’est pas une coïncidence entre l’influence de Tolkien et des autres auteurs de fantasy et les bases mécaniques d’un wargame médiéval (Chainmail) du premier Donjons & Dragons.
La gamme de JDR Dies Irae
Au fil des ans, les créateurs de jeu de rôle ont exploré leurs représentations de l’Europe chevaleresque. Pour le JDR Dies Irae, les auteurs ont opté pour un XIVe siècle déchiré par la guerre et écrasé par la religion. Nous sommes en pleine Guerre de Cent Ans et la lutte dynastique opposant les Plantagenêt et les Valois, la période de la sainte Jeanne d’Arc et du diabolique Gilles de Rais et de la société d’Ordre.
Le jeu veut plonger les rôlistes dans l’esprit de ce temps. Ainsi, on est sur un titre qui tient compte de son cadre historique et géographique afin de l’implémenter efficacement avec le système de jeu, une variante de la version 2014 de la 5e édition de Donjons & Dragons. Son financement remonte au premier trimestre 2024 sur GameOnTabletop et la livraison à l’été 2025.
Derrière Dies Irae, on retrouve une équipe qui a déjà fait ses armes avec ce système d20 incontournable. Il s’agit du trio de Thomas Robert, Julien Dutel et Laurent Bernasconi de Black Book Editions, des vétérans qui ont aussi travaillé sur Héros & Dragons, puis sur Chroniques Oubliées, des titres qui ont dévié du SRD de DnD 5E pour devenir des références du paysage rôliste francophone.
Dies Irae n’est pas une extension du jeu de Wizards of the Coast, mais un JDR à part entière. La gamme se suffit à elle-même à travers un livre de règles, bien qu’il existe aussi une première extension « Bellatores, ceux qui combattent » centrée sur la noblesse, ainsi qu’un livret et un écran de meneur qui résument les règles essentielles. Le recueil de 4 scénarios donne le ton quant au titre.
Plus qu’un hack, une variante médiévale
Les PJ dans Dies Irae et la société d’Ordres
Dans ce jeu les joueurs incarnent des habitants de l’Europe durant cette période charnière de la Guerre de Cent Ans aux airs d’Apocalypse pour cette société où la religion chrétienne est indissociable du noyau social. Les auteurs ont donc revu les mécaniques de DnD pour les adapter en conséquence : du jeu d’héroïque fantasy, ils n’ont gardé que la charpente pour ensuite reconstruire un ensemble de règles plus appropriées.
Ainsi, les PJ de Dies Irae respectent toujours les bases classiques du JDR grand public de 2014. La sélection de race est toutefois absente, le jeu ne proposant que des humains. Le choix des classes est lui aussi limité avec seulement quatre possibilités de départ : l’homme d’arme, le débrouillard, l’intrigant et le sage.
On peut les comparer assez maladroitement au guerrier, au roublard, au barde et au mage. Bien qu’il n’existe que quatre classes, les options de personnalisation viennent ensuite à travers les choix d’un archétype (ce qui différencie un chevalier d’une brute des rues pour l’homme d’arme, par exemple) et de dons (la spécialisation du personnage). Ensemble, ils permettent de créer une expérience spécifique pour le joueur.
Le réalisme historique, le folklore et la fantasy, les différents degrés du JDR Dies Irae
Le traitement de la magie dans Dies Irae le différencie aussi du JDR qui l’a inspiré. En effet, pour rester dans son cadre historique, les créateurs ont échangé les boules de feu pour l’alchimie et les miracles. Les arcanes cèdent la place à la foi et au folklore.
En début de partie, les joueurs et le meneur ont la possibilité de s’accorder sur le degré de fantasy. Un système est mis en place pour permettre de calibrer l’expérience entre un réalisme médiéval à la Kingdom Come Deliverance et un univers où la magie existe au quotidien à l’instar de la série The Witcher.
Il s’agit d’un système assez abouti. Plutôt que de seulement reprendre la liste et les mécaniques de sorts de DnD, les créateurs de Dies Irae ont mis au point un système inédit qui s’inspire des écrits médiévaux. La foi chrétienne et ses miracles, les contes et les légendes du folklore… sont interprétés à travers des sorts dont les effets varient en fonction du degré de réalisme souhaité.
Le système de PV de Donjons & Dragons est aussi connu pour son irréalisme, mais il contribue à son aspect héroïque. Or, Dies Irae s’inscrit plutôt dans la veine des JDR brutal et punitif : la mort n’est pas seulement une possibilité rare, elle est compagnon de tous les instants. Par exemple, le jeu ne permet pas de se soigner en combat tandis que l’une des règles maison les plus populaires de la 5E est d’autoriser l’usage de potions de soin en action bonus.
La réalité des combats de Dies Irae est celle des guerres médiévales. Les armures sont réellement pratiques et fonctionnent suivant un système d’efficacité des armes. Il est ainsi généralement peu recommandé de vouloir frapper un chevalier en armure de plate de la tête aux pieds avec une épée, là où une arme contendante serait plus efficace. Les petites blessures ne doivent pas être négligées : ils peuvent s’infecter et causer une mort plus ou moins lente.
Une gamme à fort potentiel de développement
En dehors de ces considérations physiques, Dies Irae inclut aussi la réalité sociale dans son système de JDR. Le jeu est une mine d’informations sur la société médiévale et son organisation pour aider les joueurs. Ils ne sont pas nécessairement médiévistes et le manuel aide à créer et ancrer leurs personnages dans ce cadre. Il est ainsi peu probable de trouver des groupes non-homogènes avec des individus qui viennent d’ordres différents.
Au sujet des ordres justement, l’extension « Bellatores, ceux qui combattent » développe celui de la noblesse. Il propose aux joueurs d’en apprendre plus sur eux, notamment sur l’héraldique (le blason et l’armoirie caractéristique), mais aussi leurs activités comme les tournois et la chasse. Selon cette logique et en fonction du succès du jeu ainsi que les possibilités de Black Book, on pourrait voir des extensions pour les deux autres ordres : « Oratores, ceux qui prient » et « Laboratores, ceux qui travaillent ».
Bien qu’il reste un JDR d20 inspiré de la 5E qui cherche à ne pas dépayser les joueurs de ce dernier, il est aussi un titre qui comprend son inspiration. Comme Pendragon, le jeu arthurien de Chaosium, il sait comment greffer élégamment cette réalité sur ce système souvent critiqué pour sa rigidité.

