Rares sont les noms qui ont autant marqué la sphère des jeux de rôles comme Tim Kask. Avec les pionniers tels Gygax et Arneson, il a contribué aux premières années de DnD avant d’en devenir l’une des dernières légendes jusqu’à la fin de sa vie.
Si aujourd’hui nous avons un tel vaste choix de jeux de rôle, c’est en grande partie grâce aux créateurs qui ont fondé le hobby et exploré ses possibilités. Certains d’entre eux en sont donc devenus des icônes, donc de rares survivent encore de nos jours qui ont connu le premier âge d’or du jeu de rôle.
Du wargame au jeu de rôle : les débuts d’une passion
C’était le cas de Tim Kask, notablement connu comme le premier employé de TSR, l’entreprise qui a publié le tout premier Donjons & Dragons, et aussi l’un des derniers survivants jusqu’à son décès fin 2025. Depuis la conception de DnD, jusqu’aux conventions de ces dernières années et surtout dans les pages de Dragons, il a toujours partagé le plaisir des TTRPG, notamment du style old-school.
De son nom complet Timothy James Kask, il est né le 14 janvier 1949 dans l’Illinois. Très jeune, il se découvre une passion : le wargame, notamment le titre « D.Day » d’Avalon Hill. Celui-ci a peut-être contribué à son désir de rejoindre la marine pendant quelques années à ses 18 ans, au Vietnam. En 1971, il est marié depuis un an et quitte l’armée pour l’université South Illinois University.
Tim Kask y découvre un nouveau jeu : Chainmail, une création de Gary Gygax dont le système allait servir de base à Donjons & Dragons. Intrigué par les règles, il entre en contact avec son créateur pour lui poser des questions. Ils passent ainsi de longues nuits au téléphone pour discuter du prochain projet de Gygax, « The Fantasy Game ». Tim décroche donc une invitation à la GenCon au Geneva Lake, au Wisconsin pour le tester.
Tim Kask chez TSR, la plume derrière Dragon Magazine
C’est ainsi que Tim devient l’un des premiers testeurs de Donjons & Dragons en dehors des enfants et proches de Gygax. Une collaboration qui s’approfondit en 1975 lorsque TSR,Inc. ouvre ses portes. En effet, il en devient le premier employé à temps plein, un éditeur, mais quasiment égal aux fondateurs de l’entreprise, Gygax et Blume.
Le nom de Tim Kask devient ainsi synonyme avec les fondations de DnD. Parmi ses travaux, on compte des contributions aux premières extensions du jeu comme Blackmoor, Eldritch Wizardry ou encore Gods, Demi-Gods & Heroes. Tim a donc aidé à la distinction entre Advanced et Basiç Dungeons & Dragons dans les années 70. Il passe ensuite à une tâche plus grande puisque Timothy s’attaque ensuite à définir la publication périodique de TSR.
Tim Kask écrit d’abord pour The Strategic Review, un bulletin des jeux de rôle et de guerre de TSR. Cette publication périodique devient ensuite Dragon Magazine en 1976 : l’ouvrage de référence concernant non seulement Donjons & Dragons, mais aussi les JDR en général et dans les pages desquelles vont naitre certaines des plus grandes aventures de son temps.
En dehors des scénarios, Dragon est aussi un point de rencontre et d’échange pour les rôlistes dans une époque sans Internet. La jeune communauté y trouve donc un lieu pour partager, pour créer et surtout pour apprendre. Tim y écrit aussi. Des articles techniques notamment, mais aussi des chroniques et même du contenu humoristique. Parfois, il le fait sous son nom, parfois, il le fait sous des pseudonymes comme Omar Kwarish. Dragon Magazine est l’institution de référence du hobby.
Les années post-TSR et la disparition de la scène ludique
Mais l’aventure de Tim Kask au sein de TSR, Inc. ne va pas durer. En effet, il n’est éditeur pour Dragon que pour 36 numéros, du premier en 1976, jusqu’au numéro 36, en 1980. Cette année-là, après une montée progressive des tensions, notamment à cause de visions différentes du jeu de rôle, Tim quitte finalement TSR.
Il fonde alors sa propre maison d’édition, Manzakk Publishing. Elle édite son magazine, Adventure Gaming. Cette revue est consacrée aux jeux de rôle, mais aussi au wargame et aux jeux de plateau. Il subsiste pendant 13 numéros, qui paraissent de 1981 à 1982.
La publication s’arrête suite à un manque de financement qui ne permet pas à Tim de la pérenniser. Ce furent aussi ses dernières années dans le milieu ludique avant des décennies et se tourne plutôt vers l’édition freelance ou encore la rédaction. Au début du XXIe siècle, Tim devient enseignant après avoir obtenu un Master.
L’OSR et l’héritage de Tim Kask
Son grand retour dans le monde des jeux survient aux débuts des années 2010. En effet, après des années difficiles, le jeu de rôle revient sur le devant de la scène populaire et le nom de « Tim Kask » n’a pas été oublié. Avec d’autres vétérans, il fonde Eldritch Entreprises, une boîte destinée à la publication d’aventures comme on en faisait de son temps. De 2013 à 2016, il écrit aussi dans Gygax Magazines, une revue à l’esprit « old-school ».
Cet attachement à l’esprit old-school et la promotion du paradigme OSR est ce qui a marqué les apparitions de Kask dans les dernières années de sa vie. Dans ses entretiens, comme celui pour Questing Beast, il parle de son amour pour ce style de jeu très libre des règles et où le « ruling over rules » prime. Il y déplore d’ailleurs que les joueurs modernes posent si peu de questions et se précipitent vers ce qui leur semble excitant au lieu de prendre le temps d’explorer.
D’ailleurs, cette vision des règles est aussi ce qui explique son départ de TSR. En effet, Tim Kask a admis qu’il n’avait jamais été partisan de la création d’Advanced Dungeons & Dragons. Pour lui, c’est le point de non retour, le moment où les règles ont cessé d’être des suggestions pour devenir dogmatiques et conduire aux rules lawyer et experts qui supplantent le jugement de l’arbitre.
Bien que septuagénaire, Tim apparaît toujours aux conventions et publie sur YouTube pour parler du style d’antan. Dans un twist poétique, le premier employé de TSR est aussi le dernier debout. Il s’éteint paisiblement à l’âge de 76 ans le 30 décembre 2025. Son héritage, le DnD des années 70-80 perdure, à travers la Renaissance de l’Old-School.


