Warhammer 40K : La Trêve de Noël de Kriegsman 762-859-1

Et si un soldat de Krieg quittait son 41e millénaire pour la Grande Guerre durant la légendaire Trêve de Noël ? Comment un zombie endoctriné pour la guerre vivrait-il ce moment de Paix ? Découvrez cette nouvelle inédite où l’horreur des tranchées du 20e siècle et du 41e millénaire laisse place à une parenthèse de fraternité.

Noël dernier, comme il est devenu une tradition pour moi, je réécoutais « Christmas Truce » de Sabaton. Alors, ça m’a rappelé une idée qui m’avait traversé l’esprit il y a quelques mois : et si un soldat de Krieg était transporté dans le cadre surréel du Front Ouest à Noël 1914 ? J’ai donc écrit ce récit, l’histoire absurde du Kriegsman arbitrairement numéroté 762-859-1 arraché par le Warp ou l’Empereur-Dieu de l’Humanité à sa guerre pour vivre un moment impossible, incompatible avec la réalité du 41e millénaire.

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Chapitre 1 : Un incident sur Oulon II

L’artillerie est un battement de cœur. Sur Oulon II, c’est la seule chose qui vous indique que vous êtes encore en vie. Quand les canons Earthshaker se taisent, c’est comme si le monde s’arrêtait, c’est comme si la vie s’arrêtait, car dans le futur sombre du 41e millénaire, il n’y a que la guerre.

J’étais accroupi dans la tranchée, embourbée dans une bouillie de rejets chimiques et de débris organiques. Mon respirateur hissait en filtrant l’air contaminé de la planète. Un autre son mécanique familier, un autre rythme rassurant : je suis en vie. Je suis 762-859-1, garde de la Deathkorps de Krieg et nous combattions les hommes de l’Apostat, nous étions là pour payer notre dette envers le Trône d’Or et Celui qui L’occupait sur la Sainte Terra. L’ennemi approchait de ma position. Je resserrais ma main sur mon fusil Lucius et j’attendais l’ordre de notre Commissaire, son cri d’assaut. À la place, c’est le ciel qui cria et se déchira.

Un tourbillon violet à l’odeur d’ozone me tirait maintenant dans une déchirure dans le voile de la réalité. Le Lucius se prit dans les armatures de la tranchée et la sangle claqua aussi aisément qu’une brindille sèche sous la botte d’un Astartes. Je tentais de m’accrocher, mais en vain. Le monde se retourna et s’inversa autour de moi. Le silence tomba.

Chapitre 2 : La boue des primitifs

Je m’écrasais à nouveau dans la boue, mais la boue glaciale d’un autre monde. Elle dégageait les odeurs primitives du bois pourri et de la terre humide, les odeurs naturelles d’un temps longtemps révolu. Le ciel au-dessus de moi était gris de fumée tandis qu’un brouillard sinistre enveloppait l’atmosphère. Seuls quelques rayons de soleil blafards m’indiquaient qu’il faisait jour. Je ne trouvais pas mon Lucius, mais je sentais le poids rassurant de ma pelle en plasteel pendue à ma taille : elle était aussi bonne que n’importe quelle épée. Alors, prudemment, j’explorais les alentours. Le battement de cœur familier d’un champ de bataille résonnait au loin avant de se taire.

La structure où j’étais ne m’était pas inconnue. J’étais dans une tranchée bien qu’il s’agissait d’une construction grossière de madriers et de terre, cernée de barbelés. Pathétique, jugeais-je. Et c’est aussi ce que je pensais de ses occupants quand je les croisais en tournant un coin. C’étaient assurément des hommes, mais leurs uniformes m’étaient inconnus : une laine épaisse de couleur kaki, un casque vissée sur la tête. Leurs faces hagardes nues étaient souillées par la terre, la suie et la cendre et ils me regardaient comme si j’étais un spectre sorti de leurs cauchemars.

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Pendant une seconde qui paraissait en faire plus, nous nous observions en silence dans le couloir boueux. Avant que l’un de nous ait pu parler, un son aigu brisait le silence, un sifflet. Les hommes en kaki se tendirent tandis que des silhouettes gris-de-fer coiffées de casque à pointe surgissaient soudain du brouillard et plongeaient dans la tranchée. L’un de ces assaillants atterrit devant moi. Il hurlait dans un dialecte que j’imaginais être un dérivé archaïque du Bas Gothique, mais que je comprenais être une menace dans le langage universel de la guerre : sa baïonnette était pointée dans ma direction. Le conditionnement du Culte du Sacrifice prit immédiatement le dessus sur mes pensées.

Sans réfléchir, j’avançais vers lui. En réponse, il planta sa lame dans mon pesant manteau de flak et eu-je été un des primitifs, il m’aurait sûrement étripé. D’une main, je le saisissais à la gorge, de l’autre, je dégainais ma pelle et je l’abattais sur lui. La lutte fut intime, brutale, mais surtout brève. En quelques secondes, une poignée de formes grisâtres gisaient brisées dans la boue, le reste avait pris la fuite. Un seul des hommes en kaki avait péri.

Les survivants ne tentèrent pas de m’abattre. J’avais tué leurs assaillants et c’était suffisant pour qu’ils m’acceptent comme le « Géant Muet ». Cette nuit-là, je m’étais assis avec eux dans leur boue et près de leur feu. Ils m’ont partagé leurs maigres rations. Ce n’était pas du limon nutritif ou de l’amidon de cadavre dont j’avais l’habitude, mais quelque chose qu’ils appelaient du « corned-beef ».

Chapitre 3 : La Trêve de Noël, décembre 1914

Les jours se succédaient au rythme des obus. De ce que j’ai pu comprendre de mes compagnons inattendus, nous étions en décembre 1914, dans l’Est d’un territoire appelé Europe. Ils étaient Britanniques et les hommes en gris étaient des Allemands. D’autres nations occupaient aussi les tranchées. Nous étions 38 millénaires avant ma naissance, à une époque où l’Empereur-Dieu n’avait pas encore uni la Sainte Terra et ces ancêtres n’avaient pas encore appris à combattre correctement.

Le gel de ces derniers jours n’avait pas seulement figé la boue. Le champ de bataille tombait progressivement dans la léthargie et peu à peu, son cœur avait cessé de battre. Cette nuit, personne ne parlait. Andrews — l’un des premiers à m’avoir vu à mon arrivée — était particulièrement morose. Un son inhabituel s’élevait lentement de l’autre côté du No Man’s Land, la bande de terre ravagée qui séparait notre tranchée de celles de nos ennemis.

Le cœur n’avait pas recommencé à battre, mais je reconnaissais le Bas Gothique archaïque des Allemands. Ce n’était pas un cri de charge, mais une mélodie, que j’interprétais seulement comme « Stille Nacht, heilige Nacht… ». Mes compagnons en kaki tendaient l’oreille, visiblement aussi confus que moi. Peters, le voisin d’Andrews, gloussa un rire absurde avant d’entamer à son tour la même mélodie, mais dans son dialecte « Silent Night, Holy Night… ». Comme en défi aux lignes grises, ses compatriotes entamaient le chant à leur tour. Je ne comprenais pas le rituel bizarre et hérétique qui se déroulait devant moi ni ce qui allait suivre.

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La tête de Peters dépassait maintenant du parapet. Geste insensé de mon temps, c’est ainsi qu’on se prenait une balle de sniper. Heureusement pour lui, personne n’a tiré. Je l’entendais hurler à plein poumon « Merry Christmas Kraut! » aux Allemands. Un cri jovial, moqueur, mais vide d’animosité. Ces derniers lui répondaient « Frohe Weihnachten Tommy! » avec la même intonation. Dans les minutes qui ont suivi, j’ai vu des lumières s’allumer progressivement le long des tranchées : des bougies qui peinaient à briller à travers la nuit légèrement enfumée, perchées sur de jeunes sapins. On aurait dit des balises archaïques. J’anticipais un bombardement orbital qui n’arriva jamais.

Peters et un interlocuteur invisible hurlaient des négociations par-dessus le No Man’s Land et les chants des hommes. Il jeta son fusil dans la tranchée et, les mains levées, s’avançait avec confiance à travers le paysage désolé. Un à un, les autres faisaient comme lui et je les suivais, méfiant. En face, les hommes en gris-de-fer venaient de même. Ma pelle en plasteel restait prête, pendue à ma taille… Je n’en eus pas besoin. Elle et moi étions comme une arme de guerre égarée au milieu d’une cathédrale tandis que les ennemis s’embrassaient à présent comme des frères.

Chapitre 5 : Nous sommes des frères, nous sommes des ennemis

L’un des hommes en gris avec un casque à pointe — Otto Braun, disait-il en se pointant du doigt — s’était approché de moi. Son visage juvénile trahissait la fascination qu’il avait pour mon masque. Il me tendait une main que j’ignorais d’abord. Puis il produisit une petite boîte en laiton ornée de l’image d’une femme et en sortit un étrange cube marron. « Schokolade » annonçait-il. Il en mangea et m’en proposait à mon tour. Je refusais : accepter m’aurait obligé à retirer mon masque.

Il me tendit — me força à prendre — le récipient qui en contenait encore visiblement quelques morceaux. Il me montrait ensuite la photo légèrement froissée d’une femme plus âgée. Il avait ses traits et je déduisais que c’était d’elle qu’il avait reçu la boîte et son contenu. Alors, je fouillais mes affaires et ne trouvant pas de ration sur ma personne, je pris ma pince coupante. D’un geste sec, j’arrachais l’un des boutons de mon manteau en flak. Une pièce de cuivre, frappée de l’Aquilla, l’aigle bicéphale de l’Empire. Je l’ai pressé dans sa main. De pareils échanges d’identité improvisés avaient lieu tout autour de nous.

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La « Trêve » qui suivit était une absurdité pour un Kriegsman. Le levée du jour voyait ces hommes de nations ennemis courir et taper dans un ballon bricolé à partir de chiffons ficelés. Ils me rappelaient les enfants d’un monde agricole. On m’avait demandé de noter les scores, je m’exécutais machinalement. Les Allemands avaient gagné 3 à 2. Entre temps, les morts avaient été dignement récupérés et enterrés, ainsi, le No Man’s Land devenait une grosse cantine à ciel ouvert à midi. Une brise pure et fraîche soufflait et je pus même voir le soleil timide filtrer à travers les nuages. Je n’étais pas à l’aise. Plus tard, l’un des Allemands a dirigé une cérémonie qui m’était presque familière. Une messe comme on en fait à Saguinala à travers l’Empire. Pour la première fois, je goûtais au luxe de la Paix, luxe aussi doux et éphémère que les Shokolade d’Otto.

L’après-midi du troisième jour a vu la fin de la léthargie. Après une dernière accolade et non sans larme, les amis, les frères, se quittèrent et regagnaient leurs tranchées respectives. Chacun évitait de se retourner, enjambait le parapet de pierres et prenait lentement sa place dans sa boue. Certains ont dû déterrer leurs armes disparues sous la neige de ces derniers jours. Un coup de feu du côté allemand, puis du nôtre. Puis rien. Une minute de silence pour la Paix. Sans enthousiasme d’abord, le cœur se remit ensuite à battre de plus belle comme pour effacer le silence de la veille. Peters ne verrait pas l’aube se lever, une grenade l’a pulvérisé dans la soirée.

Je ne resterais pas assez longtemps pour savoir ce que deviendraient Andrews et les hommes en kaki, ni ceux en gris, ni les autres. Lors d’une charge à travers le No Man’s Land, le tourbillon violet était revenu avec son odeur d’ozone pour me happer. Je laissais derrière moi ce monde ancien avec l’image d’Otto qui me tendait la main. Essayait-il de me retenir ? Me disait-il adieu ? Quelle imprudence ! La Paix était finie. « Le devoir ne s’arrête qu’à la mort » lui intimais-je à travers ma grille vocale, comme s’il pouvait m’entendre. Le monde qui s’inverse, le noir, le silence. Puis l’impact du sol boueux contre mon masque.

Chapitre 5 : Le retour à la violence

L’odeur des corps en décomposition, du plasma et des produits chimiques d’Oulon II me parvenait à travers mon respirateur. Devant mes mains gisait mon fusil Lucius avec sa sangle cassée. Le battement brutal des Earthshakers résonnait autour de moi, uniquement noyé par les ordres de mon Commissaire. « 762-859-1 ! Debout ! Tous ! Chargez ! »

Je saisis mon fusil laser, je me relevais et chargeais avec mon escouade dans un seul mouvement. Les Apostats étaient sur nous. L’impact était imminent, la violence était présente et familière, c’était rassurant. J’étais à ma place. Du sang gicla sur les verres de mon masque. J’ignorais à qui il appartenait. Un crâne inerte craqua sous mes bottes. Je ne cherchais pas à savoir s’il était à l’un des nôtres ou à l’un de nos ennemis. Je tirais sur les traîtres et j’exorcisais les fantômes de mes compagnons d’un autre temps. Un petit souffle froid sous mon manteau me rappelait le bouton de cuivre manquant et je sentais peser la petite boîte en laiton vide dans l’une des poches.

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L’Empereur-Dieu m’avait-il permis de goûter à la Paix ? Pourquoi ? Je ne sais pas, je ne veux pas savoir, je n’ai pas à savoir. Je sais juste que je suis 762-859-1, que j’ai une dette à payer envers le Trône d’Or et Celui qui L’occupe sur la Sainte Terra, que je n’ai que ma vie comme monnaie et que dans ce futur sombre du 41e millénaire, il n’y a que la guerre.  

FIN

J’espère que vous avez pris autant de plaisir à lire cette histoire que moi à l’écrire. Elle laisse quelques zones d’ombres que je laisse à l’imagination de chacun. D’ailleurs, je trouve que le principe d’un soldat du 41e millénaire transporté par le Warp dans le passé fait une bonne base, toute simple pour des scénarios one shot ou campagne pour différents jeux de rôle. Pas nécessairement pour les JDR Warhammer 40K, mais aussi pour du Pulp Cthulhu. N’hésitez pas à en parler en commentaire.

J’aurai sûrement d’autres histoires à vous raconter avec ce format expérimental, voilà ma première résolution pour cette année. En attendant, moi et toute l’équipe de jeuxderole.com vous souhaitons une bonne année 2026 ! À bientôt pour du JDR et bien plus !

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