Longtemps considéré comme une alternative de secours pour les groupes géographiquement dispersés, jouer au JDR en ligne est devenu une pratique à part entière. Aujourd’hui, la question n’est plus de savoir si l’on peut retrouver l’ambiance d’une table physique derrière un écran, mais comment utiliser les outils numériques pour transcender l’expérience classique.
On n’arrête pas le progrès et le passage au virtuel ouvre de nouvelles portes aux jeux de rôle. Cependant, il s’avère que jouer aux TTRPG en ligne n’est pas aussi simple que l’idéal vendu par les MMO, genre ludique qui pourrait s’en approcher. Outils, bonnes habitudes, que faut-il savoir ?
Le VTT, l’outil essentiel pour le JDR en ligne
Ces dernières années, les offres en termes de Virtual TableTop ou VTT ont grandement augmenté. Le choix de la plateforme de JDR en ligne devient la première étape qui va décider d’autres facteurs. Le VTT, c’est la table avec ses éléments, le décor, les minis, les fiches et l’écran.
Deux noms dominent la sphère VTT, mais de nouvelles offres apparaissent avec la vulgarisation de la pratique. Qu’est-ce qui fait un bon VTT ? Je dirai que c’est l’aspect pratique. La table de jeu virtuelle demeure un outil avant tout, comme un bon livret de règle et un bon écran de MJ, s’il peut avoir de la gueule, il doit d’abord pouvoir remplir ses fonctions.
Ceci se voit avec les tables les plus populaires. Ces références indémodables sont simples, mais efficaces avec des options avancées pour ceux qui en ont le besoin et qui prennent le temps de les apprendre. De l’autre côté, des projets de tables en 3D ou en AR ont échoué en dépit de la hype générée autour.
Celui de Wizards of the Coast, Sigil, représente tous les problèmes du modèle : couteux en performance, nécessitant un investissement financier non négligeable, limité en application… Sigil était beau et avait du potentiel. Mais en tant que VTT, il s’avérait littéralement injouable à moins d’avoir un PC dernier cri.
Le papa Roll20, la porte d’entrée du JDR en ligne
Le père du JDR en ligne représente l’exact opposé de ce projet annulé : Roll20. Après presque 15 ans de bons et loyaux services, il reste la référence pour sa simplicité d’accès. En particulier, il a la force de sa nature de service basé sur le navigateur (SaaS). Il ne nécessite donc aucune installation, juste un abonnement optionnel.
Parmi ses points forts, on compte surtout son accessibilité. Roll20 dispose d’une prise en main quasiimmédiate. De plus, toutes ces années ont permis à sa communauté de le doter d’une immense bibliothèque de ressources. Des tokens, des maps et une gestion native des fiches de personnages pour les systèmes les plus populaires. D&D 5e ou 5.5 e, Pathfinder, Call of Cthulhu et même des jeux plus obscurs ou sans aucun besoin de battlemaps arrivent sur Roll20.
La table de jeu virtuelle la plus populaire a toutefois deux failles. D’abord, celle du stockage qui est limité dans la version gratuite. Un rôliste avec un groupe très prolifique peut se retrouver un peu à l’étroit à force. L’âge de Roll20 fait aussi que son interface peut sembler datée face aux standards actuels.
Un peu vieux, mais jamais démodé, Roll20 reste mon VTT go-to. Il convient pour les parties improvisées et son automatisation pour les systèmes les plus populaires baisse en partie la charge mentale pour les MJ. La table n’a donc pas ainsi à gérer d’aspect technique complexe.
Foundry VTT, la performance alliée à la puissance
Si Roll20 est la base, Foundry VTT est le chouchou des power users pour le JDR en ligne. Contrairement à ses concurrents, vous achetez une licence unique et hébergez vous-même la partie ou via un service de cloud-hosting comme Molten ou Oracle. Ceci ouvre de nouvelles possibilités, renforcées par le cœur de Foundry : les modules et les macros.
L’écosystème des modules fait vraiment que Foundry VTT brille. Grâce à une communauté de développeurs hyperactive, les rôlistes ont accès à des effets esthétiques allant de la météo dynamique à une gestion automatique des lumières, ou même des animations de sorts.
Le moteur de Foundry assure aussi l’automatisation de nombreux éléments mécaniques, idéal pour les jeux plus complexes, tel que Draw Steel. Il permet ainsi d’intégrer des macros puissantes qui gèrent tout ou presque. Que ce soient les jets de dégâts, les conditions et les bonus de manière presque transparente, un macro existe ou peut être créer.
Pour les campagnes au long cours et les MJ qui aiment personnaliser leur interface de A à Z, Foundry est la préférence. Il nécessite pas mal d’investissement, mais la maîtrise en vaut le coup pour des parties de JDR en ligne inoubliables.
L’humble Discord, une alternative idéale aux VTT
Jouer aux jeux de rôle, IRL ou en ligne, ne nécessite pas forcément tous les apports visuels des VTT. En fait, même avec le meilleur VTT du monde, la communication reste le nerf de la guerre. C’est ainsi que Discord est devenu le standard de facto pour la voix et la vidéo.
Discord offre l’un des meilleurs services pour la communication selon mon expérience. Et l’utilisation de canaux dédiés assure un certain ordre, par exemple pour le différencier les échanges HRP (Hors-Rôle Play) et le RP(Rôle Play).
En cas de pépin, Discord c’est aussi un bon plan B. Il permet en effet l’utilisation de dés virtuels avec presque autant de sélection et de contrôle que pour un VTT classique. Pendant un temps, on pouvait même dire que Discord était LE choix immédiat pour du theatre of the mind. Du moins, jusqu’à l’arrivée d’une nouvelle plateforme.
De la vieille garde à la nouvelle génération immersive, Alchemy RPG
Si Roll20 est une table et Foundry une boîte à outils, Alchemy RPG est le choix de prédilection pour ceux qui privilégient l’ambiance et la narration visuelle. Alchemy mise sur des environnements animés, des effets de particules et une intégration poussée de la musique. L’interface est, d’ailleurs, épurée. Elle laisse ainsi place à des illustrations plein écran qui posent immédiatement l’atmosphère pour les parties de JDR en ligne.
Il est donc évident qu’Alchemy est conçu pour un autre public. Sans battlemaps quadrillées traditionnelles, il propose donc du théâtre de l’esprit, ou theatre of the mind. Une approche plus narrative du jeu de rôle qui se prête mieux aux titres comme Daggerheart, dont il a été l’un des premiers à proposer aux joueurs, et les autres PbtA.
En dehors de ces jeux narratifs, je recommanderai Alchemy pour les JDR où l’ambiance, en ligne ou non, gagne à être riche. L’horreur ou les enquêtes, par exemple, où l’esthétique prime sur le calcul des cases de déplacement. Si je devais recréer l’expérience Cthulhu : The Cosmic Abyss en jeu, ce serait avec Alchemy.
D&D Beyond & Maps, un écosystème officiel et connecté
Pendant des années, D&D Beyond n’était qu’une base de données et un gestionnaire de fiches. Gratuite et indépendante, puis rachetée par WotC, il dispose maintenant d’un VTT plutôt que de dépendre des autres plateformes traditionnelles. C’est ainsi qu’avec l’arrivée de son outil Maps, il devient un acteur du JDR en ligne.
Ces deux plateformes sont sœurs, voire sœurs jumelles, d’où une intégration totale. Maps dispose d’une connexion directe avec les fiches de personnages et les scénarios achetés sur la plateforme DnD Beyond. Ainsi, il n’y a pas besoin d’importer quoi que ce soit.
Maps a aussi appris des erreurs de Sigil. Il reste dans la simplicité. Ainsi, on peut dire même qu’il ne cherche même pas à concurrencer la complexité de Foundry. C’est un outil léger, efficace, permettant de lancer une session de combat en quelques clics avec le brouillard de guerre et la gestion des tokens.
Toutefois, il est clair que Maps ne s’adresse pas à tous les joueurs de JDR en ligne. Il est fait pour une niche, les groupes jouant exclusivement à Dungeons & Dragons 5E qui souhaitent une solution sans friction technique avec Beyond. Il faut donc avoir déjà investi dans ce dernier pour en profiter.
L’indépendance, un facteur important pour le JDR en ligne ?
Roll20, Foundry et plus récemment Alchemy ont aussi un autre avantage sur Maps, ou désavantage selon comment on se positionne. L’affiliation de ce dernier avec Wizards signifie qu’il inclut donc toutes les sorties officielles de l’éditeur pour le jeu le plus populaire du monde et rien d’autre.
D’autant plus que la relation entre les éditeurs tiers et WotC reste prudente après 2023. Il demeure quasiment impossible de mettre du contenu que l’on crée soi-même sur DnD Beyond et par extension, Maps. Pas absolument, mais pas de manière intuitive. Il vaut mieux chercher ailleurs pour profiter des créations homebrew.
D’ailleurs, à présent, les nouveaux jeux tendent à proposer des assets pour les VTT dès leur financement. Roll20 et Foundry sont presque systématiquement présents dans cette liste, faisant d’eux des plateformes de choix pour ceux qui aiment découvrir de nouveaux moteurs et expérimenter.
Dans le cas où les créateurs originaux ne le font pas, des fans ou des tiers peuvent s’y être attelés. Les communautés Discord, ou encore les Patreon regorgent d’assets ou d’artistes prêts à satisfaire les besoins des rôlistes pour leurs parties de JDR en ligne. Un marché en plein essor et qui n’est pas près de tarir.


