Les mondes de Golarion de Pathfinder et des Royaumes Oubliés de Dungeons & Dragons de différencient dans leur gestion de l’univers. Si Les Royaumes Oubliés offrent une fantasy classique riche en nostalgie, le parc à thème de Golarion est secoué par une transformation divine.
Le choix d’un cadre est un des choix auxquels un MJ est confronté dans ses préparations. Si certains éditeurs s’en passent pour laisser la liberté aux rôlistes de forger le leur, d’autres ont des mondes iconiques. Depuis l’avènement de D&D 5.5e, ou OneD&D ou DnD 2024, et du projet Pathfinder 2e Remaster, les deux titans du JDR de fantasy ont fait des choix radicalement différents concernant l’évolution de leurs univers phares.
Philosophie de conception, le fourre-tout des Royaumes Oubliés contre le parc à thèmes de Golarion
Leurs origines obéissaient à des besoins et des objectifs différents. Ils s’inscrivent d’ailleurs dans la séparation qui a séparé la 3.5e édition de Donjons & Dragons entre la 4e puis la 5e édition et Pathfinder.
50 ans de Royaumes Oubliés, de Greenwood à Larian
Les Royaumes Oubliés ou Forgotten Realms sont de base une création d’Ed Greenwood. Cependant, son âge l’a enrichi au-delà du contrôle de ce dernier. En effet, Les Royaumes Oubliés, c’est à présent un monde qui s’est stratifié au fil de 50 ans de publications, beaucoup plus que Golarion. Des romans aux jeux vidéo, des récits de R.A. Salvatore avec Drizzt Do’Urden à Baldur’s Gate 3 de Larian Studios, ce monde s’est vastement peuplé.
Le problème des Royaumes Oubliés est assez paradoxal. Il est à la fois trop riche et trop vague. D’une part, l’univers souffre des PNJ super-héros. Pourquoi les personnages joueurs de niveau 3 iraient-ils sauver Waterdeep alors qu’Elminster, Laeral Silverhand ou Drizzt habitent juste à côté ? Une solution simple reste d’ignorer complètement leur existence. C’est l’histoire des PJ après tout, pas une nouvelle entrée dans le lore officiel des Forgotten Realms.
On fait donc comme si le lore était inexistant. D’autant que, d’autre part, la gestion du lore par Wizards of the Coast ces dernières années est source de frustration pour certains rôlistes. Les ouvrages sont inégaux. Le Sword Coast Adventurer’s Guide, par exemple, est considéré par la communauté comme désespérément arides, en plus des pires sous-classes vu leur niveau de puissance.
WotC compte finalement plus sur du superficiel et fournit peu d’outils concrets pour bâtir ses propres intrigues en dehors de la très exploitée Côte des Épées. Ceci tendrait à changer cependant. Le kit d’initiation de la 5.5e, Heroes of the Borderlands, s’en sort mieux, bien qu’il quitte les Royaumes Oubliés pour revenir dans le monde original de Gygax. La nostalgie est aussi exploitée.
Golarion, un archipel des genres de fantasy
Golarion est beaucoup plus jeune que les Royaumes Oubliés. Il a été conçu dans les années 2000 avec une philosophie purement utilitariste pour le JDR. C’est un « parc à thèmes », aussi varié que son rival, mais plus cloisonné.
Les développeurs de Paizo ont donc pensé le monde pour compartimenter les ambiances. Si on ressent qu’il existe une politique internationale, chaque région peut être utilisée en vase clos et se suffit à elle-même. Pathfinder a aussi une série de livres, les Lost Omens, qui paraissent depuis 2019. En plus des atlas, ils regorgent de crochets de scénarios, de factions actives et de mystères non résolus qui mâchent le travail des MJ.
Il y a donc du matériel. Suffisamment pour partir sur de bonnes bases, mais sans fermer les rôlistes dans un lore trop complet où les héros sont déjà définis d’avance. Mais ces dernières années ont aussi vu un bouleversement dans le paysage des JDR, un bouleversement méta, mais avec des impacts sur les jeux.
Quels changements pour 2026 ?
En 2026, l’écart du traitement narratif entre les deux éditeurs est clair. Les Royaumes Oubliés et Golarion vont dans des directions différentes.
D&D 5.5, clins d’œil au passé glorieux
Après un étrange silence en début d’année, Wizards of the Coast a sorti la feuille de route 2026 de D&D. L’éditeur privilégie des suppléments transversaux plutôt qu’un développement du monde des Forgotten Realms. La priorité est dans les valeurs sûres et la nostalgie des meilleures années.
La « Saison de l’Horreur » l’illustre parfaitement. Dans sa sortie majeure, elle ramène Ravenloft et Stradh, les meilleurs suppléments de la 5e édition selon beaucoup de fans, sur le devant de la scène. En mars, il a aussi été confirmé que la « Saison de la Magie » introduit Arcana Unleashed et l’aventure Deadfall, qui mettra en scène la nation de Thay et ses Sorciers Rouges.
Cependant, Faerûn reste donc statique. L’éditeur évite les grands bouleversements cosmologiques comme celui qui avait eu lieu lors du passage à la 4ème édition, la Peste des Sorts. C’est un monde confortable, facile à utiliser, mais qui peine à surprendre, malgré la tentative d’introduire des options moins conventionnelles comme ces options maléfiques pour les joueurs.
Pathfinder 2e Remaster, Golarion après l’OGL
Golarion est littéralement en train de se métamorphoser pour se distinguer de l’héritage des Royaumes Oubliés. Suite aux conflits autour de l’Open Game License (OGL) en 2023, Paizo a purgé son univers de l’ADN de D&D.
Ceci a conduit à la disparition des Drows, les elfes noirs vénérant les araignées. L’Ombreterre (Darklands) de Golarion a été réécrite pour faire place à de nouvelles menaces, notamment les peuples serpents et les cités souterraines redéfinies. Mais c’est surtout War of Immortals (Guerre des Immortels) qui fait office d’événement majeur qui redéfinit ce monde en 2026. Gorum, le dieu de la guerre de Golarion, a été assassiné par Achaekek. Son essence divine, ses souvenirs et son sang pleuvent sur la planète.
En l’état, Golarion offre un statu quo brisé que les MJ peuvent amener dans la direction de leur choix. De nouveaux démiurges émergent avec les règles Mythiques introduites fin 2024, et une campagne prévue en août 2026 emmènera les joueurs dans le plus légendaire et dangereux méga-donjon du monde.
Royaumes Oubliés, Golarion et encore d’autres
Pour une table de joueurs débutants qui sortent tout juste de l’expérience Baldur’s Gate 3 et qui veulent croiser des gobelins génériques, Les Royaumes Oubliés restent un refuge. C’est familier, avec des codes bien connus. Toutefois, un MJ doit se préparer à créer du tissu social, car les livres officiels récents se concentrent sur la mécanique des classes plutôt que sur le développement sociologique du monde. La modernité de son style peut aussi ne pas être du goût de tous.
De l’autre côté on a Golarion. Comme avec la comparaison mécanique de la semaine dernière, on trouve ici une cohérence interne plus forte. En bonus, le monde de Paizo propose aussi des cultures non-eurocentrées traitées avec respect et un monde en plein évolution.
Alternativement, il existe aussi d’autres mondes de fantasy qui ont été adoptés pour ces systèmes. Celui du Seigneur des Anneaux, fondation de la fantasy moderne, mais aussi des genres complètement différents telle que la SF avec le projet d’adaptation de Traveler. En dernière option, les MJ les plus téméraires peuvent créer leurs mondes de toute pièce.

