Les JDR indépendants constituent un pan essentiel de la scène des jeux de rôle. D’aucuns diraient même qu’ils en sont le cœur.
La culture geek, dont les TTRPG, a toujours été proche des milieux indépendants de la sous-culture, voire de la contre-culture. Et si la popularité du hobby a conduit à son introduction dans le milieu mainstream ainsi que la création d’un grand marché industriel à plusieurs millions de dollars, il n’a jamais abandonné ses racines.
JDR, de l’obscurité à la lumière
Ainsi, malgré ce que l’on voit plus généralement, les JDR ne s’arrêtent pas aux marques industrielles, de nombreux titres demeurent indépendants. S’ils ont toujours persisté depuis les années 80 et à travers les années sombres après l’éclatement de la bulle des collectionneurs de BD, ils ont trouvé un terreau fertile dans les années 2010.
En effet, avec l’arrivée des Actual Play populaires sur YouTube, la consécration de la culture nerd/geek par des célébrités, et la mondialisation, il a trouvé un nouveau souffle. Un nouveau public est venu avec Aventures, Critical Role, et autres Big Bang Theory. Un public qui s’est rué sur le géant du domaine, DnD, mais qui a aussi découvert la forêt derrière l’arbre.
2010 s et au-delà : un âge d’or pour les JDR indépendants
Différents facteurs font le charme des JDR indépendants tels les prix, la distribution ou alors leur approche du hobby. Une sélection qui a d’autant plus trouvé un catalyseur dans le phénomène du financement participatif et de la vulgarisation du modèle de licence libre pour les systèmes de jeu.
Un hobby à petit prix
Une réalité, que certains jugent de plus en plus alarmante, est la manière dont Wizards of the Coast et Hasbro tentent de monétiser Donjons & Dragons. En dehors de la hausse des prix, ils s’inquiètent surtout de la possible illusion entre la quantité, la qualité et le prix des produits ces dernières années.
Ainsi, la nouvelle version du jeu, DnD 2024, se résume à une grosse mise à jour du jeu. Si elle améliore indéniablement les expériences de jeu en restant compatible avec la version de 2014, elle se vend à un prix largement supérieur aux JDR indépendants. Pourtant, certains d’entre eux proposent diverses manières d’arriver à un résultat similaire pour un coût moindre en comparaison.
La question de l’argent pour les JDR indépendants
Ils se trouvent en grande quantité sur les sites de financement participatif. Kickstarter, Ulule, GameOnTabletop et compagnie ont offert une source d’argent à ces petits créateurs qui, en retour, peuvent oser expérimenter en dehors de la zone de confort du grand publique. Ils peuvent se permettre de ne pas se reposer sur les valeurs sûres pour de l’expérimental. Pareil pour les thèmes que les éditeurs osent peu touchés tel le sexe.
Tous les JDR indépendants ne passent pas forcément par ce type de financement. Leurs créateurs travaillent « à l’ancienne », comme Sandy Petersen, comme Gary Gygax, avant qu’ils ne lancent leurs géants de l’édition. On compte récemment Crown and Skull qui annonce fièrement avoir réussi cet exploit.
D’autres gammes délaissent totalement l’aspect pécuniaire et demeurent même gratuites. Ils se téléchargent sur leurs sites spécifiques comme le blog ou la chaîne Discord de leurs auteurs. Ironsworn en est l’illustration parfaite et l’existence de cette communauté qui les y construit ensemble au fur et à mesure a permis d’étendre le titre.
Un écosystème sain ?
Mais des adresses se font aussi une spécialité de partager le contenu indie. Itch.io fait partie des adresses de référence. Parfois ils le font avec l’accord de grands éditeurs : Chaosium et DriveThruRPG travaillent ensemble pour permettre aux fans de Cthulhu de partager leurs titres sous la Miskatonik Repository. Ces modèles de distribution ont aussi l’avantage de parfois permettre aux fans de se procurer une version imprimée à la demande.
Des éditeurs tendent aussi la main aux petits créateurs pour qu’ils puissent travailler sur les JDR indépendants. Exalted Funeral (Mörk Borg), Evil Hat Production (Thirsty Sword Lesbian)… vendent à la fois des plus gros titres et des petits jeux afin de leur laisser la chance d’avoir la visibilité et les moyens nécessaires de proposer ces jeux.
Certains grands noms du jeu de rôle ont d’ailleurs commencé en tant que titre indépendant. La grande famille des Propulsés par l’Apocalypse qui elle-même a donné naissance à d’autres petits jeux indépendants. Dungeon World, Blades in the Dark et Monsterhearts ont ainsi vu le jour.
Les documents de référence libre : du pain béni pour les JDR indépendants
Les jeux en général, les JDR en particulier, ont aussi une particularité qui favorise la création de titres indépendants : l’impossibilité de déclarer des règles comme des propriétés intellectuelles. Ceci permet de s’inspirer légalement des mécaniques des jeux présent sur le marché. En résumé, n’importe qui peut faire un jeu medfan où on a des fiches de personnages et des dés sans risquer de se faire poursuivre par WotC, à condition de ne pas empiéter sur les Royaumes Oubliés, Stradh… ou de copier le texte de leurs ouvrages.
Depuis la troisième édition, ce genre de contenu est même encouragé. Pour cela, les équipes de l’éditeur ont mis en place l’OGL ou Open Game Licence : un document qui résume les règles de DnD 3e et qui peut être utilisé et modifié librement. Il existe aussi pour la 5e édition et explique en partie le succès de ces deux versions du jeu et l’existence d’une descendance indépendante très vaste. Par exemple : l’OGL de la 3e édition est ainsi le père de Mutant & Masterminds tandis que celle de 5E a donné Nimble 5E.
Une catégorie de jeux indépendant à part : les fanlation. Il s’agit de traductions faites par des joueurs isolés de titres venus de l’étrangers et qu’aucun éditeur n’a encore licencié. Œuvres communautaires, elles n’ont pas toujours la qualité de jeux officiellement traduits, mais elles permettent de découvrir des titres de niche. Beaucoup de TRPG japonais passent en occident de cette façon dans un premier temps avant de trouver des parents officiels, c’est le cas de Shinobigami.
Les indies ont donc encore de beaux jours devant eux. Par ailleurs, il faut reconnaître que s’ils jouissent de la popularité mainstream des jeux de rôle, ils n’en dépendent pas. Si un nouvel âge sombre devait affecter le hobby, ils continueraient à le faire vivre, dans l’ombre des repères de geek.


